vendredi 24 mars 2017

Fin de la récréation – Bilan de la Hollandie



Je me souviens du jour funeste de son arrivée après son élection par défaut. Tout était écrit d'avance. Le maître d’œuvre de l’épouvantable période que notre pays vient de vivre, celui qui a dirigé l’orchestre gouvernemental responsable de toutes ces cacophonies, c’est François Hollande, et nul autre. Et si je ne suis pas choqué par ce qui a pu se passer après sa prise de fonction, c’est parce qu’il avait lui-même, tout de suite, à sa manière misérable, basse, lâche, indigne et crapoteuse, donné le ton. Il a choisi de le faire au moment et dans le lieu le plus symbolique, le 15 mai 2012 à midi, sur le perron de l’Elysée, juste après la passation des pouvoirs: La toute première minute de sa présiflance fut marquée par un acte indigne, qui donnait le ton et annonçait tout ce qui allait suivre. Devant des millions de Français stupéfaits il a délibérément planté son prédécesseur devant la porte du palais et s’est furtivement éclipsé à l’intérieur comme un vulgaire Bidochon malpoli avec ses maîtresses, ses flagorneurs de tout poil, ses minions du palais, laissant le président Sarkozy et son épouse regagner seuls leur véhicule. A ce moment-là, j’ai su qu’il allait être conforme à ce que cette goujaterie inaugurale de quinquennat allait laisser attendre. 

Cette présidence compte une liste interminable de mensonges, de duperies, de saloperies en tout genre de la part de gens uniquement préoccupés de leur carrière et de leur compte en banque. Une farce qui a duré cinq terribles longues années au cours desquelles la justice a été bafouée par des interventions personnelles, où des amis ont été placés à la tête de prestigieuses institutions, où son ex-compagne fut nommée à la banque publique d'investissement et son fidèle ami Fabius au conseil constitutionnel. Mais c’est omettre le clientélisme et le lèche-babouche en-veux-tu, en-voilà, des politiques publiques dogmatiques ahurissantes, la mise en application d’idéaux frelatés fondés sur l’universalisme et le communautarisme, l’absence du sens des priorités et la présence d’idéologues et d’incompétents au sommet du régime (l'un n'excluant pas l'autre...),

Un présidence faite d’affaires: Cahuzac, les pompes d’Aquilino Morelle, les marchés publics avec Kader Arif, le patrimoine de Yamina Benguigui, la phobie administrative de Thomas Thevenoud, les taxis d’Agnès Saal, le coiffeur émargeant à dix SMIC pour décorer les 3 poils qui ornent son caillou, les « fils de ministres » en difficulté avec la justice, la féroce indépendantiste Taubira au ministère de la Justice, les emplois à l’assemblée des enfants mineurs de Bruno le Roux (liste non exhaustive ...). Ce gouvernement a connu le défilé de pas moins de 74 ministres et secrétaires d’état, imaginez !

Hollande c’est aussi l’affaire Léonarda, l’affaire Théo au chevet duquel il est allé faire un tour alors que l’enquête a fini par révéler que les accusations étaient nulles, non avenues et que la famille se trouvait coupable de détournement de fonds publics. Hollande c’est la montée en puissance de nuit debout, de l'insécurité, c'est les quenelles et deux ans d’état d’urgence. Président du « Savamieux », je me souviendrai de sa muflerie avec Trierweiler jetée comme une malpropre par dépêche AFP, le sketch interminable autours de l’aéroport de Notre Dame des Landes sans compter la magnifique verrue en forme de plug anal que la ministre de la culture a jugé bon d’ériger au beau milieu de la place Vendôme. Tellement glamour pour la Ville Lumière. Je me rappellerai de ses discours enflammés de « euh », de ses menaces envers les autres chefs d'état qui n'ont impressionné que lui-même, sa braguette ouverte, son pantalon qui tire-bouchonne, ses cravates de travers, ses costumes mal taillés et ses bras  ballants. Quel meilleur énergumène pour représenter le chic de la mode Française.

Sur le plan des finances et de l’économie on se souviendra d’une hausse inouïe de 50 milliards d’impôts par an, un budget toujours en déséquilibre et une dette qui franchit le mur du son à plus de 2400 milliards d’euros. Hollande c’est aussi le plan social mal fagoté d’Alstom, une courbe ininterrompue de croissance du chômage, la fameuse boîte à outils et le « c’est pas cher c’est l’état qui paie ».

On se souviendra des attentats et des commémorations: l’affaire Merah (Toulouse), le policier agressé par Abdelillah Dhaucy à La Défense, l’attentat de Joué les Tours, les Dijonnais et les Nantais fauchés par deux automobilistes qui criaient « Allah Akbar », les frères Kouachi et Charlie Hebdo, Amedy Coulibaly, Sid Ahmed Ghlam, le chef d’entreprise égorgé à Saint Quentin Fallavier par Yassin Salhi, l’attentat du Thalys proféré par Ayoub El Khazzani, les attentats du 13 novembre par Oussama Ahmad Atar, Salah-Eddine Gourmat, Sammy Djedou, Bilal Hadfi, Ammar al Sabaawi, Mohammad Al Mahmod, Brahim Abdeslam, Chakib Akrouh, Abdelhamid Abaaoud, Ismaël Omar Mostefaï, Samy Amimour et Foued Mohamed-Aggad, l’agression du commissariat de police de Barbès par Ali Sallah, le double meurtre de Magnanville par Larossi Abballa, les attentats de Nice menés par Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, le prêtre égorgé par Adel Kermiche et Abdel Malik Petitjean à St Etienne du Rouvray, et enfin les jeunes militaires de la force sentinelle agressés au Louvre par Abdallah El-Hamahmy.

Sur le plan international je me souviendrai d’une politique inconsidérée, gribouille et imbécile, des mistrals vendus à la Russie, la confusions des Chinois et des Japonais au cours d'une conférence, Fabius bourré qui tient un discours devant une assemblée de représentants internationaux, la croyance d’un ministre diplômé en géographie que le Japon était dans l’hémisphère sud, la crise des migrants mal gérée, l’absence de leadership Français en Europe et la tragique déclaration que le front al Nosra faisait du bon boulot. Incroyable.

François Hollande aurait dû être le héros d’une pièce de théâtre de Molière ou d’une comédie de Claude Zidi. C’est un parallèle déroutant. Ce monsieur « synthèseTM » avec [ ] sa tête de clown ou [ ] à claque (cochez la case de votre choix) m’aura fait rire avec ses rocambolesques vaudevilles en scooter se promenant dans la rue du cirque avec des valets payés sur fonds publics qui lui couraient après pour porter à la belle cafés et croissants. Malédiction avérée ou non, j’ai ri de ses nombreux discours arrosés par jour de tempête et même lorsque l’éclair a frappé l’avion présidentiel qui le portait dans les bras de la Kanzlerin le lendemain de son élection.

Mais en fait, ce qui m’inquiète vraiment c’est l’aspect machiavélique, pervers et sournois du personnage. Car ne nous y trompons pas, derrière ses allures et ses comportements frisant parfois le ridicule, propres à endormir le peuple français, il y a de nombreux calculs, des coups politico-médiatiques montés, des trafics en tout genre de chiffres, de personnalités acquises à l’idéologie, des relations très privilégiées avec des organes très puissants. Ses méthodes destinées à s’imposer avec un peuple hypnotisé n’arrangent en rien l’état du pays, bien au contraire car le socialisme se nourrit par essence de misère et du malheur des hommes. Vivre en médiocratie avec des gens peu éduqués et assistés, en jouant sur les clivages et en choquant l’opinion permet de conditionner et de s’assurer une place au soleil sans se fatiguer.

Bien au-delà du 49.3 et des passages en force de lois, une véritable machinerie propre à conditionner les sans-dents est en place. Depuis 2012 les manœuvres ont été amplifiées et affinées au point d’en arriver aujourd’hui à un régime larvé quasi-totalitaire où tout est sous contrôle et orchestré. Ne nous y trompons pas, Hollande est extrêmement intelligent mais d’une intelligence dangereuse, perverse voire criminelle. Il a enfanté d’un Macron, homme extrêmement ambitieux sorti de nulle part, sans véritable passé politique avec tout ce que cela peut avoir d’inquiétant, parce que cela sert encore et toujours sa cause. Les finances de gens riches acquis idéologiquement, œuvrant en coulisse pour la propagande et le contrôle des peuples, servent pour les tremplins de ces ambitieux sans passé et donc sans véritable prise pour la critique!

Je me souviendrai aussi de son livre : Un Président ne devrait pas dire ça. Sidérant. Si certains passages peuvent être comparés aux discours du Front National, je n'ai malheureusement toujours pas compris le fond de sa pensée. D'ailleurs pensait-il vraiment? En telle hypothèse, la bête est plus retors qu'il n'y parait. Ce livre, qu'il souhaitait être le tremplin de sa réélection, lui a seulement permis d'être le commentateur de sa propre impuissance. Qui eût cru cela possible? Une telle aptitude à la réussite dans le Mal relève de l’artistique voir du surnaturel. J’ai du mal à concevoir qu’il ait été doté d’une âme, au cas où, le Malin a dû l’acheter pour notre grande souffrance.


Je lui reconnais néanmoins d’avoir réussi à prendre et à garder le pouvoir avec un talent rare et crains que les prochaines élections ne suffisent pas pour éradiquer toute trace de son passage. Sincèrement, il me restera l’image d’un bouffon. 

Le socialisme est la seule maladie qui n’a pas été préalablement testée sur des rats, ... pour notre plus grand malheur. Sachez-le.

lundi 27 février 2017

La faillite intellectuelle du Camp du Bien: Meklat, Chaouat, Amamra, Théo, Leonarda


La semaine qui vient de s’écouler a certainement été une des plus belles semaines de tartufferie de gauche qu’il m’ait été donné de voir ces dernières années. Le Camp du Bien se prend, assez régulièrement, les pieds dans son tapis d’inepties à morale variable, mais sur les derniers jours, la succession de saltos arrières carpés et de plats du ventre avec mâchoire brisée a été particulièrement soutenue.

Ainsi, il a été difficile de passer à côté de l’affaire MEKLAT.

MEKLAT n’est pas le nom d’une nouvelle gourmandise débitée à McDo, mais bien celui d’un improbable chroniqueur sur différentes antennes de la radio publique. Il sévit aussi sur Bondy Blog ou dans Les Inrockuptibles.

Bref, on le retrouve dans chaque bastion du Camp du Bien, dispensant ses fines pensées à un lectorat ou un auditoire quasi-captif, et ce d’autant plus facilement qu’il a l’imprimatur de la faune germanopratine, non seulement parce qu’il est subversif mais aussi parce qu’il illustre facilement le concept du petit jeune de cité délicate sensible qui a réussi à s’extraire de ses difficultés pour devenir un intellectuel reconnu. Au point qu’ayant commis un livre (édité chez Seuil, vous m’en direz tant), il a même obtenu les louanges de nulle autre que Taubira, la poétesse des sans-prisons.

Malheureusement, certains chafouins sont allés déterrer de vieilles productions franchement rances de notre beau penseur. Outre une avalanche de tweets sous pseudonyme, tous aussi consternants les uns que les autres et, pour plusieurs, carrément passibles de poursuites, ces vilains ont exhumé de la mémoire internet d’autres moments de bravoure qu’il a pépié sous son nom et ne laissent aucune interprétation possible autre que raciste ou antisémite.

Flûte et zut. Voilà que l’égérie n’est pas du tout recommandable et voilà le Camp du Bien franchement gêné aux entournures.

Rassurez-vous, une parade a rapidement été trouvée : ceux qui ont exhumé les vilains tweets ne sont pas plus recommandables. Pire, l’information a été reprise, et amplifiée, par cette fachosphère abominable que le Camp du Bien entend combattre pied à pied. Il n’en faut pas plus : certes, il sera difficile de sauver le soldat MEKLAT, mais au moins pourra-t-il emporter de vilains fascistes de merde avec lui.

Remballez, c’est pesé, il n’y aura pas d’invraisemblable tempête de chroniqueurs zélés dénonçant la beuhête immonheudeu, de douzaine d’articles déchaînés dans une presse scandalisée, de unes vitupérant sur un ventre encore trop fécond plein d’heures les plus sombres.

Il y aura en revanche quelques articles de ces médias où MEKLAT officiait, tous pour atténuer autant que possible la responsabilité du pauvre petit flocon de neige incompris qui s’est un peu emporté sur Twitter. Pour les uns, c’est parce que ce gamin, drôle à mourir (si si), est un être complexe, pour les autres, c’est plutôt l’histoire de la récupération de vieilleries internet par une fachosphère commodément complotiste, mais en tout cas, ce n’est certainement la peine d’en faire une foire comme celle qu’on a pu faire pour d’autres dérapages.

Ce « deux poids, deux mesures » n’est pas inhabituel et il est en fait assez fréquent.

Ainsi, cette semaine, une deuxième occasion nous fut donnée de l’illustrer puisqu’on apprenait, mercredi dernier à la faveur du Canard Enchaîné, qu’un assistant parlementaire d’un sénateur socialiste se retrouvait soupçonné d’apologie du terrorisme. L’enquête est en cours, et on ne peut donc que souhaiter qu’elle se déroule dans le calme.

Or, force est de constater que… C’est le cas : une fois quelques articles placés, c’est maintenant le calme plat là où la presse nous habitue assez régulièrement à un déchaînement invraisemblable de supputations et d’articles à charges lorsqu’il s’agit de tomber sur le dos d’un aficionado affiché ou supposé du Camp du Mal (en gros, la droite, mais aussi le turbolibéralisme, l’Eglise, le patronat, les entreprises multinationales – de préférence américaines – ou tout autre bouc-émissaire évidemment réactionnaire et parfaitement insupportable de conservatisme rétrograde). L’assistant parlementaire aurait été dans les petits papiers d’un sénateur LR ou un proche de François Fillon, son affaire était entendue.

Mais comme je le disais en introduction, les écarts du Camp du Bien ne se sont pas arrêtés là cette semaine.

Ainsi, on apprend qu’Oulaya AMAMRA, actrice récemment récompensée aux Césars comme « meilleur espoir féminin », trimballe elle aussi son lot de tweets douloureusement peu conformes aux normes en vigueur.




C’est fort fâcheux puisque cela donne décidément une image de plus en plus nauséabonde du petit monde des artistes que le Camp du Bien adoube à tour de bras malgré un passé de plus en plus sulfureux. Gageons qu’on n’en entendra que très mollement parler dans les Inrockuptibles et autres médias de révérence.

Enfin, il serait difficile de terminer le petit tour d’horizon sans évoquer, au moins en quelques lignes et un ou deux facepalms ce qui sera probablement connu comme « l’affaire Théo » et que, selon toute vraisemblance, les Historiens de l’Éducation Officielle feront tout pour effacer des mémoires dans quelques mois, lorsque la poussière sera retombée.

Tout partait pourtant très bien : Théo, la victime d’une action policière beaucoup trop musclée, dépeinte comme un petit gars bien sous tous rapports, déclenche émotion et soutien d’une part important de ce que la France compte comme Artistes Importants & Engagés, cette véritable Guilde Officielle des Troubadours du Camp du Bien.

Émotion telle que François Hollande, qui, en octobre dernier, n’avait pas jugé nécessaire de déplacer son auguste et large postérieur pour montrer son soutien aux policiers brûlés suite aux exactions de Viry-Châtillon, décide d’aller rencontrer le brave jeune homme sur son lit d’hôpital.

Tout comme pour l’affaire Léonarda où la Magic Touch de François Hollande avait à l’époque transformé une situation pénible et sans intérêt en nuage de flocons de merde de proportion biblique, une fois encore l’affaire Théo semble partie pour, à son tour, se retourner contre le Camp du Bien qui a, saperlotte, un mal de chien à se trouver des icônes valables : en lieu et place d’un jeune homme bien sous tous rapports, on s’aperçoit que la victime est aussi impliquée dans des détournements de fonds et autres joyeusetés tangentes du mauvais côté de la légalité.

Le rétropédalage frénétique du Camp du Bien, qui est passé de la surenchère à l’innuendo comploto-compatible, est dans la droite ligne des exemples précédents et ne manquera pas d’amuser la galerie quelques jours encore.

Certes, on pourrait sans doute multiplier les exemples, mais rappelez-vous que toutes ces petites bulles de réalité fracassant le vivrensemble douillet de nos élites ont pris leur envol en moins de 10 jours. Triste karma pour le Camp du Bien, dont les affaires illustrent une déroute intellectuelle, une perte assez avancée de repères solides.

N’ayant plus de principes, le Camp du Bien doit se contenter d’affects, d’émotions épidermiques et de grandes déclarations creuses pour tenter de donner un sens à ses agitations. En lieu et place d’intellectuels puissamment dotés, ce dernier ne produit plus que des petits scribouillards, des bidouilleurs de concepts bidons, des indignés aussi indignes que niais.

Ayant jeté la morale aux orties et ayant ainsi perdu toute colonne vertébrale idéologique solide, la clique des encenseurs-censeurs semble ballotée d’une égérie à une autre au fur et à mesure qu’on les découvre très peu exemplaires, voire pourries, tarées ou carrément toxiques.

Bien sûr, en première analyse, ces errances grotesques font le miel du chroniqueur régulier : au moins ces cuistres et ces nigauds inutiles nous font-ils rire. En seconde analyse, on ne peut que constater qu’il n’y a plus de grands débats de fond, que d’idiotes querelles de mots. Il n’y a plus d’humanisme, il a été remplacé par un gros gloubiboulga de prêt-à-penser auto-contradictoire dans lequel on pioche, au hasard, pour répondre aux soucis du moment, de préférence avec une solution rapide, fausse et aux effets de bords dramatiques.

Sur le long terme, ceci pose cependant quelques soucis puisqu’avec la disparition en rase campagne de toute pensée réellement construite disparaît aussi toute réflexion sur les directions et les objectifs qu’une société peut ou doit se donner.

Oui, ces affaires sont comiques en montrant à quel point « le roi est nu » et l’ « intelligentsia » complètement démunie intellectuellement. Mais elles sont aussi dramatiques parce qu’elles montrent mieux que tout le reste, que les affaires financières indignes, que la campagne électorale minable, que les politiciens stupides ou corrompus et que les médias indigents que, dépourvu de toute réelle élite, abandonné par de vrais penseurs dont il fut pourtant jadis fort riche, ce pays est foutu.

vendredi 1 juillet 2016

Quand Bernard Debré découvre le Bitcoin


Mardi 28 juin sera une date historique pour toute la France des plus de 70 ans. Non, il ne s’agit pas d’une aventure d’Alain JUPPE, le candidat des maisons de retraite, mais d’une révélation, que dis-je, d’une véritable épiphanie qui vient de toucher de sa grâce un vénérable député.

Passé un certain âge, et avec l’habitude de vivre douillettement engoncé dans les cuirs moelleux et les ors rutilants de la République, les évolutions technologiques deviennent rapidement incompréhensibles. Logiquement, chaque incursion hors de sa zone de confort devient une aventure rocambolesque qui vire rapidement au mode hard-core dès qu’on touche à des sujets sulfureux comme (au hasard) le sexe, la drogue, le rock’n’roll, et surtout, surtout, le darknet et les bitcoins.

Mélangez le tout, agitez avec un peu d’Alka-Seltzer ou de Pepto-Bismol, et vous obtenez forcément un événement de classe internationale

Mardi 28 juin, c’est ce qui s’est produit lorsque Bernard le dépité a raconté dans un entretien sur LCI sa dernière expérience technoïde: par l’indispensable truchement d’un journaliste du président de l’association Parents Contre La Drogue, l’élu des Républicains a testé les internets.

Il s’est rendu compte que l’Europe existait réellement, que la liberté de circulation des biens n’était pas chimère et qu’acheter aux Pays-Bas avec sa carte bancaire des produits qui font rire pour les faire livrer, bêtement, par la poste, chez soi, était tout à fait possible. Positivement stupéfiant! Ah, les internets, quelle surprise!

Il a ensuite constaté qu’à cette facilité déjà inouïe, il fallait ajouter celle qu’on pouvait avoir lorsqu’on se rend sur le darknet. Attention, mes petits amis, le darknet, ce n’est pas pour les faibles d’esprits et les paisibles retraités. Déjà, avec un nom qui ressemble à ce grand bonhomme de science fiction à la respiration bruyante, on peut s’attendre au pire. Et comme il l’indique très clairement et sans la moindre ambiguïté, le darknet, c’est « accessible par logiciel » (au contraire de les internets qui, eux, sont accessible par tam-tam, je présume).

Et sur ce darknet-accessible-par-logiciel, on trouve tout un tas de paquets de milliers de sites aussi zillégaux que consultables de manière privée. Pour Bernie, l’expérience fut suffisante pour renverser son plateau de biscuit et louper au moins deux épisodes consécutifs de Joséphine Ange Gardien. Certains firent l’Indochine, d’autres le Vietnam, mais avec lui, « On a fait le darknet. Et là, c’est incroyable. ».

Ben oui: comme l’explique DEBRE, « Vous passez par un logiciel, Thor » (on supposera charitablement que la coquille sur Tor est un simple cas de journalisme sans gravité), et ensuite, de fil (de chanvre) en aiguille (de piquouse), c’est l’enfer : un véritable supermarché de tout et n’importe quoi, dont « des kalachnikovs, du TNT, des faux billets, des organes à greffer ». Au détour d’un clic malheureux, « vous avez par exemple 30 à 36.000 sites de cocaïne ».

Cocaïne dont une petite pincée aurait peut-être fait du bien à notre homme dont l’esprit semble maintenant fort confus au point de confondre sites, vendeurs et articles, mais baste, passons. Il y a bien plus grave puisque pour payer, il faut se vautrer dans une fange ignoble, celle d’une monnaie numérique sans contrôle: le bitcoin (prononcer bitte - coing).

« On a commandé de la cocaïne. Mais il faut payer par bitcoins. […] Et donc on a commandé. Ça a été livré. 1 gramme de cocaïne, 80 et quelques euros. »
Brave homme qui découvre qu’on peut utiliser des moyens technologiques complexes et des monnaies numériques confidentielles et encore relativement compliquées pour se procurer une drogue récréative à Paris en ce XXIème siècle où elle est pourtant disponible à foison et bien plus facilement auprès de douzaines de dealers répartis dans toute la capitale. Heureusement que nos amis qui font du journalisme n’ont pas expliqué à Bernie que pour chaque gramme vendu en Bitcoin, il devait en partir un bon kilo de façon traditionnelle vendus avec des euros standards, produits en masse par la petite imprimante de Mario Draghi. En eût-il été informé, il aurait probablement fait un AVC radical.

Et ménager notre septuagénaire aventureux est tout à fait nécessaire quand on voit sa réaction en constatant que la drogue qu’il s’est procurée est … pure! Sapredieu, on ne lui a même pas refilé du plâtre coupé au sucre! C’est plus qu’un scandale, c’est carrément angoissant au point qu’une fois ces constats posés, il nous a véritablement pété un câble dans la dernière ligne droite. Je ne résiste pas à vous le citer in extenso :

« Est-ce que c’est la démocratie de pouvoir acheter une kalachnikov sans que personne ne le sache ? Du TNT ? »
Hum.
Je soupçonne que sur les 100 grammes de champignons hallucinogènes eux aussi commandés sur les internets, quelques grammes n’ont jamais été retrouvés.


Mais papy Debré, enfin, voyons, enfin, mais mais mais, saprilipopette, que vient faire la démocratie dans le fait de pouvoir acheter ou pas une arme? Qu’on soit ou non sur les intertubes, le sujet « achat d’une arme » et le sujet « démocratie » n’ont absolument rien à voir ! On pourrait évoquer la liberté, le droit de se défendre, mais le lien avec la démocratie, je ne comprends pas. Bernard, vous poussez le bouchon !

Sans reprendre son souffle, notre homme continue pourtant :

« On peut acheter des films pornographiques. On peut tout acheter, le pire de ce qui existe. »

Ah ça, pour sûr, on trouve de tout sur les internets, surtout en terme de films avec des messieurs et des mesdames tous nus qui font des trucs. Maintenant, il n’y a plus guère que Bernie, les gens de sa génération et ses pieds nickelés en journalisme pour acheter des films pornographiques qu’on trouve gratuits partout ailleurs par cargaisons entières. Cependant, le coup d’estoc arrive maintenant lorsque notre élu conclut, les yeux exorbités et la lippe pendante :

« Si ça continue comme ça – mais peut-être est-ce un bien – il n’y aura plus de dealers physiques ! »
Raaaaargh mais c’est abominable ! C’est la mort du petit commerce, ça, monsieur ! Enfin se révèle Bernard D., en lutte ouverte contre l’uberisation des petits dealers artisanaux, proches de leurs consommateurs, ceux-là même qui refont du lien social dans nos tés-ci et nos quartchiers et que le darknet est en train de faire mourir à petit feu ! Et ce n’est que logique d’apprendre que son combat impose alors l’ouverture d’une mission d’information parlementaire sur le sujet, assortie d’une demande d’interdiction du méchant bitcoin en France.

Parce que bien sûr, cela est à la fois techniquement faisable et que cela représente une vraie solution au problème de drogue dans le pays…

On cherche souvent à comprendre le décalage qui existe entre nos représentants et la société qui les a élus, mais rarement il n’est aussi flagrant que lorsqu’un honnête homme, depuis trop longtemps retiré des affaires de ce monde et cocooné par des institutions bien trop protectrices, s’exprime très loin en dehors de son champ d’expertise, avec bien plus d’émotion que de raison et sans le recul et la prudence nécessaires qu’imposent la méconnaissance. Bernard Debré, dans son combat contre la drogue, semble oublier avec application les dizaines d’années de lutte complètement inutile contre ce fléau. Avec la même application, il montre le même travers lamentable que suivent ses petits copains législateurs qui consiste à croire qu’on peut résoudre un problème de société avec une bonne série de lois. Avec la même absence de connaissance, il préconise donc de s’attaquer à un vecteur commercial (le bitcoin) sentant probablement confusément son impuissance à s’attaquer au reste, sans même imaginer que sa lutte est vaine et techniquement perdue d’avance.

Enfin, on ne peut ignorer l’empressement des médias à relayer cette triste pitrerie dans des articles consternants d’approximations, empressement qui montre leur goût du sensationnel et du ridicule, et, encore une fois, tous les dangers de coller un gros micro mou sous le nez d’un homme politique en lui donnant ainsi une exposition qu’il ne mériterait pas.

Non décidément, monsieur DEBRE, vous ne parviendrez pas à juguler l’usage de la drogue en vous attaquant à Bitcoin, au darknet et aux coffee-shops hollandais. Ce serait aussi ridicule et aussi inefficace qu’interdire les billets de 500€ au motif qu’ils favorisent le banditisme.

Amusant spectacle, hélas ...

vendredi 24 juin 2016

My dear English friends, thank you for your sacrifice!


My dear English and Welsh friends, thank you, heartily. You have resisted in favor of the REMAIN, from the most rational to the most apocalyptic argument. You have chosen to ignore the risks of explosion in your glorious country, Scottish and Northern Irish, two of the four nations, which remained from your great empire, having massively -and shamefully- voted in favor of the Union. You took the risk to divide for a long time your society between young graduated urban people and old rural poorly educated people leaving a massive social gap. It was an unprecedented vote of courage as it will politically and economically devastate and weaken your country for long. Europe can just be grateful.

It shows your sense of sacrifice from which the continent has benefited many times, when you saved the world from Napoleon’s claws and the German hegemony twice. You finally realized that your island’s place was not within the Union. Although you already had a large foot outside (for the budget, currency, Schengen, political security, immigration, banking union, etc.), your presence alone was enough to block any attempt for further European integration, not only because we feared to displease you but also because it was consistently necessary to invent hazardous “black boxes” to maintain your "special status". Because of you, EU initiatives and reforms have always failed at bringing adhesion, support and legitimacy across the continent. Despite our best efforts, you continued to argue Europe was over-regulated and too interventionist, while most Europeans found it far too liberal. Of course we had no chance to experiment Margaret Thatcher so we remain, overall, attached to the welfare state, state intervention in regulated market, these many things you hate. Furthermore, we had to accept to render tasteless the project of our founding fathers, that to practice a medium-term policy that ultimately displeased everyone: Europe has managed the feat to invent regulatory neoliberalism!

You witnessed the financial and political shocks EU faced since 2008 and you understood that EU could die under the weight of its contradictions, its paralysis, the compromises and mediocrity of its national leaders, fueling more and more skepticism into a European project accused to cause all national problems. So you decided to give us a big kick in the rear: if the impact of the departure of one of the four major EU countries doesn’t wake us up, if we do not mobilize each other to revive a project that ensured peace over the continent for almost 70 years, then yes, it deserves to die. Your Churchillian awakening will stay in the history! Because you know what awaits you: after the Second World War, you were stuck in the depression so deeply that the IMF had to intervene to rescue you, as vulgar Greeks. Your GDP, when you joined in 1973, was one of the lowest in the EEC, and that's why you had to join a project that was so repugnant to you. If Churchill was to favor the United States of Europe, it was obviously with the United Kingdom as the tutelary power and not as a single member, not larger than France!

I'm impressed, as always, by your sense of sacrifice and your collective interest. When I think about what you now have to do, first to cut the links between you and us (200 trade agreements signed on your behalf by the Union you will have to renegotiate, 80,000 pages of EU laws you’ll have to process in order to avoid loopholes, euro transactions that will come back to the continent); second to try to maintain access to the single market, especially for your banks and financial services. I can only praise your courage! Years of uncertainty, turmoil, and heartbreak are lying ahead. Hats off, English gentlemen’s! Hopefully we will show us worthy for your sacrifice. 

Nevertheless, from a continental standpoint, good luck to your lonely adventure and greetings from France ...

mardi 5 avril 2016

Réflexions sur la complexité et son effondrement


Depuis toujours, le déclin, la décadence et l’effondrement des sociétés ont frappé les esprits curieux et inspiré des théories explicatives extrêmement variées. Le nombre et la variété des sociétés ayant connu de tels processus sont extrêmement grands. L’effondrement de l’Empire romain est l’exemple le plus fréquemment cité et celui qui a fait l’objet du plus grand nombre d’études, mais l’Empire Zhou a connu le même destin au troisième siècle avant notre ère, la civilisation mésopotamienne, l’ancien Empire d’Egypte, l’Empire Hittite, la Civilisation Minoenne, la civilisation Mycénienne, la civilisation des Olmèques ou celle des Mayas… Des sociétés et des civilisations de toutes tailles et situées dans toutes les régions de notre planète ont disparu plus ou moins rapidement.

Parmi les causes du déclin qui ont été proposées par les historiens et les philosophes, on peut citer pèle-mêle : 
  • la diminution ou l’épuisement d’une ou de plusieurs ressources vitales dont dépend la société, 
  • la création d’une nouvelle base de ressources trop abondante, 
  • les catastrophes insurmontables, 
  • l’insuffisance des réactions aux circonstances, 
  • les envahisseurs, 
  • les conflits de classes, 
  • les contradictions sociales, 
  • la mauvaise administration,
  • l’inconduite des élites, 
  • les dysfonctionnements sociaux,
  • les facteurs mystiques, 
  • les enchaînements aléatoires d’événements,
  • les facteurs économiques. 
Mais à bien réfléchir, toutes ces causes ne sont que des causes secondaires d’un mal plus profond: la diminution de l’efficacité globale des organisations sociopolitiques complexes.

Les sociétés humaines et les organisations politiques, comme tous les systèmes vivants, sont maintenues par un flux continu d’énergie … Au fur et à mesure que les sociétés augmentent en complexité, sont créés plus de réseaux entre individus, plus de contrôles hiérarchiques pour les réguler ; une plus grande quantité d’information est traitée… ; il y a un besoin croissant de prendre en charge des spécialistes qui ne sont pas impliqués directement dans la production de ressources ; et ainsi de suite. Toute cette complexité dépend des flux d’énergie, à une échelle infiniment plus grande que celle qui caractérise les petits groupes. 

La conséquence est que, tandis qu’une société évolue vers une plus grande complexité, les charges prélevées sur chaque individu augmentent, si bien que la population dans son ensemble doit allouer des parts croissantes de son budget énergétique au soutien des institutions organisationnelles. C’est un fait immuable de l’évolution sociale et il n’est pas atténué par le type spécifique de source d’énergie.

Les causes énumérées ne sont donc au final pas les causes mais bien les conséquences d’un affaiblissement lié à la divergence croissante entre, d’une part, les moyens nécessaires au maintien de leurs structures complexes et, d’autre part, les ressources énergétiques disponibles.

Ainsi, l’investissement dans la complexité sociopolitique atteint un point où les bénéfices d’un tel investissement commencent à décliner, d’abord lentement, puis beaucoup plus rapidement.

La civilisation industrielle moderne est, semble-t-il, elle aussi soumise à la loi des rendements décroissants. Comme les civilisations qui l’ont précédée, notre civilisation connaît une décroissance des rendements de ses investissements. Ainsi le nombre des brevets déposés par habitant ou par scientifique ne cesse de décroître bien que les moyens mis en œuvre pour la recherche et développement n’aient jamais été aussi importants. 

Notre civilisation, qui est de loin la plus complexe de toutes les civilisations ayant existé, repose sur une consommation d’énergie considérable. Sa complexification a été possible du fait de la découverte des ressources énergétiques fossiles, charbon, pétrole et gaz, et à la mise au point de techniques permettant leur transformation en énergie thermique, mécanique et électrique. En l’absence de ces énergies fossiles notre production serait peut-être seulement le centième de ce qu’elle est aujourd’hui. Autant dire que notre civilisation repose beaucoup plus sur ces énergies que sur notre génie technique et scientifique. Ceci explique aussi le fait que parmi les pays ayant découvert les premiers les principes de la thermodynamique, ceux qui ont décollé le plus rapidement sont ceux qui disposaient des énergies fossiles les plus abondantes et les plus facilement extractibles. Le problème qui se profile à l’horizon compte tenu de la consommation de plus en plus importante de ces ressources fossiles, c’est leur pénurie. Les débats concernant les réserves de ressources ne sont pas clos mais, ce qui est certain, c’est qu’elles vont s’épuiser. 

Quoiqu'il en soit nous faisons face à plusieurs problèmes convergents :
  • le financement des retraites de la génération baby-boom,
  • l’augmentation constante des coûts de la santé,
  • le remplacement des infrastructures qui se dégradent,
  • l’adaptation au changement climatique et la réparation des dommages causés à l’environnement,
  • le développement de nouvelles sources d’énergie,
  • des dépenses militaires et de sécurité toujours fortes,
  • un besoin d’investissements accru dans l’innovation.

Résoudre chacun de ces problèmes représenterait un grand coût en lui-même, mais cela serait peut-être faisable. Notre grande difficulté, c’est qu’ils convergent et cela pour les décennies à venir. Nous devons faire face à tous ces problèmes à la fois. 

La pénurie énergétique cumulée à la stagnation scientifique remettrait totalement en cause l’avenir de la civilisation industrielle et que, dans un tel cas, le retour à une civilisation moins complexe s’imposerait. Le déclin de notre civilisation n’est donc pas écrit mais il est possible.

Si l’effondrement n’est pas pour le futur immédiat, cela ne revient pas à dire que le niveau de vie industriel bénéficie également d’un sursis. A mesure que les rendements marginaux baissent (processus en cours) jusqu’au point où un nouveau subside d’énergie sera mis en place, le niveau de vie dont les sociétés industrielles ont bénéficié ne croîtra pas si rapidement, et pour certains groupes et nations, il restera statique ou baissera … 

Bien que nous aimions nous considérer comme des êtres spéciaux dans l’histoire du monde, les sociétés industrielles sont en fait soumises aux mêmes principes qui ont provoqué l’effondrement d’anciennes sociétés. Si la civilisation s’effondre à nouveau, ce sera à partir d’un échec à tirer profit du sursis actuel.

Quelle surprise, le ministère de la Justice manque de moyens !


On se demande parfois qui nous gouverne. Quand, de bon matin, je lis dans la presse certaines déclarations de membres éminents du Parti socialiste, j’en viendrais presque à croire que SARKOZY « le barbare », est encore aux commandes en 2016 et qu’il s’évertue comme par le passé à organiser la « casse » du service public. Ce week-end par exemple, Jean-Jacques URVOAS, socialiste de longue date en Bretagne comme à l’Assemblée nationale, a confié au Journal du Dimanche ses alarmes sur les moyens absolument miséreux du ministère de la Justice. Non seulement les factures impayées s’amoncèlent par millions d’euros, mais, ajoute-t-il, pour mieux frapper les esprits :
« Je connais même un tribunal où on n’imprime plus les jugements, parce qu’il n’y a plus d’argent pour les ramettes de papier. »
« Oh, wait ! ». M. URVOAS n’est-il pas Garde des Sceaux, depuis peu certes, mais dans une majorité présidentielle qui a la charge de notre exécutif depuis mai 2012 ? 

Si les étonnements du nouveau ministre paraissent assez déplacés compte-tenu des quatre années dont Mme TAUBIRA, qui l’a précédé à ce poste, a disposé pour inverser la tendance d’une Justice budgétairement « sinistrée » comme il l’affirme aujourd’hui, ils reflètent néanmoins une réalité paradoxale. L’évolution de nos comptes publics est très loin de la trajectoire d’austérité qu’on lui attribue généralement, les déficits publics continuent de s’accumuler, et pourtant, nos efforts en faveur du fonctionnement de nos tribunaux et de notre administration pénitentiaire sont plutôt mal classés en Europe. Selon une étude publiée en 2014 par la Commission européenne pour l’efficacité de la justice ou Cepej, et portant sur les chiffres 2012, le budget total de la Justice ramené au nombre d’habitant se situe à 123 euros en France, contre 166 en Allemagne et 223 au Royaume-Uni.


Entre 2011 et 2015, le budget du ministère de la Justice a évolué de 7 à 8 milliards d’euros, se stabilisant à ce dernier niveau pour 2016. A titre de comparaison, citons le ministère de la Culture, dont le budget 2016 est fixé à 7,9 milliards d’euros, en augmentation de 2,9 % sur 2015. Or la Justice est une activité régalienne à laquelle l’Etat devrait accorder toute son attention, tandis que la Culture, dont la moitié du budget est consacré à l’audiovisuel public, n’a pas véritablement vocation à faire partie des missions de l’Etat, sauf éventuellement pour ce qui concerne l’entretien du patrimoine évalué à environ 1 milliard d’euros dans le budget 2016.

Il est important d’avoir ces repères pour bien comprendre que lorsque les libéraux plaident pour un recul de l’Etat dans les affaires de la France, ils n’imaginent nullement procéder à un reflux uniforme des dépenses publiques. Les politiques du type « ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant en retraite » partent d’une bonne intention mais manquent de contenu qualitatif. Il est impératif de repenser d’abord toutes les missions de l’Etat afin de garder et renforcer celles qui visent à assurer la sécurité des personnes et des biens. Pour les libéraux, la Justice est donc un secteur important du rôle de l’Etat. Elle se trouve cependant particulièrement mal lotie dans notre pays qui est par ailleurs le champion de la dépense publique, des prélèvements obligatoires, du nombre de fonctionnaires et du nombre d’élus.
JJ URVOAS donc, récemment arrivé à la Chancellerie déplore ainsi un manque criant de moyens qui affecte clairement le fonctionnement des tribunaux et des prisons. Dans l’ensemble, notre budget de la Justice représente 1,9 % du budget de l’Etat, sachant que plus de la moitié de cette somme est consacrée à l’administration pénitentiaire et non aux tribunaux. Pour ces derniers, on compte 11 juges professionnels pour 100 000 habitants en France, contre 25 en Allemagne et une moyenne de 21 pour toute l’Europe (48 pays). Les procureurs sont au nombre de 3 pour 100 000 habitants chez nous contre 12 en Europe. Ils sont aussi les plus surchargés d’affaires à gérer. Notons que l’Allemagne parvient à ce résultat tout en n’ayant que 116 tribunaux de grande instance contre 174 chez nous pour une population plus importante de 15 millions d’habitants.

Entre le manque de personnel qualifié et la hausse importante du nombre de dossiers à traiter, les délais s’allongent inévitablement et finissent par donner lieu à une Justice sans visibilité pour les Français. Ajoutons à cela l’épisode très politisé du « mur des cons » dans lequel s’est illustré le Syndicat de la Magistrature (non majoritaire) et on comprend que les Français sont de plus en plus nombreux à déclarer qu’ils ne font pas confiance à la Justice. Dans un sondage publié par Le Parisien en 2014, ils étaient 75 % à estimer qu’elle fonctionne mal.

Un facteur aggravant du désamour entre les Français et leur Justice tient aussi au fait qu’après l’arrivée de Christiane TAUBIRA un stock de 80 000 à 100 000 peines de prison ferme s’est trouvé « en attente d’exécution » en raison des problèmes de surpopulation carcérale. Rachida DATI avait déjà mis en place un principe d’aménagement pour toute peine de prison inférieure à deux ans, mais la précédente majorité avait finalement acté la construction de 24 000 places de prison supplémentaires entre 2012 et 2017. Or ce projet a été annulé par Christiane TAUBIRA qui n’a conservé que les constructions déjà en cours.

Aujourd’hui, notre taux de surpopulation carcérale est de 114 %, alors que l’Allemagne est à 86 % et le Royaume-Uni à 97 %. Au début de l’année, les détenus étaient au nombre de 66 700 pour un total de 58 600 places. La vétusté et le manque de personnel poussent fréquemment détenus et surveillants à la crise de nerf, engendrant mutineries et prises d’otage locales, comme on l’a vu à l’été 2013. La France a aussi le triste privilège d’avoir le 5ème rang (2012) en Europe pour les suicides en prison. Face à ces problèmes, il n’existe que deux solutions : soit vider les prisons en aménageant les peines et en prévoyant des peines de substitution à la prison, soit construire des places de prison supplémentaires et rénover les places existantes.

Arrivée à la Chancellerie en mai 2012, Christiane TAUBIRA a clairement opté pour la première solution. Ayant démissionné fin janvier 2016 en raison d’un désaccord avec le couple exécutif sur la question de la déchéance de la nationalité pour les terroristes, que peut-on dire de son bilan au ministère de la Justice après quatre ans ? Il est généralement jugé assez « maigre », tant par les magistrats majoritaires que par les observateurs les plus exigeants de notre vie politique. Le Mariage pour Tous, voté un an après l’arrivée des socialistes au pouvoir malgré la forte opposition de la population, est incontestablement son principal fait d’armes. Mais quoiqu’on en pense, il a de toute façon peu de rapport avec les moyens judiciaires et pénitentiaires.

Deuxième action menée à bien, elle a supprimé les peines planchers instaurées par SARKOZY, comme le candidat HOLLANDE l’avait promis. Il s’agissait de peines minimum applicables aux délinquants récidivistes. Leur suppression a renforcé sa réputation laxiste auprès de la droite et a inauguré une animosité durable entre elle et Manuel VALLS, alors ministre de l’Intérieur. Son atout en matière pénale consistait également en une réforme de la justice des mineurs et la mise en place de la contrainte pénale, c’est-à-dire une peine alternative à la prison ferme. Mais ces derniers points n’ont donné que des résultats mitigés, les magistrats se servant très peu des possibilités de la contrainte pénale alors que le sursis avec mise à l’épreuve existe déjà. Et au final, le rapport 2015 de l’ONDRP (Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale) 
« montre qu’à l’exception des vols avec violence en zone de police, tous les types de violences augmentent. »
Jean-Jacques URVOAS arrive donc au ministère de la Justice à quinze mois de la fin du quinquennat. Il a peu de temps devant lui pour élaborer une nouvelle politique pénale, mais il a encore la possibilité d’inverser la vapeur en ce qui concerne les moyens de son ministère. Obtiendra-t-il une rallonge budgétaire pour 2016 lors d’un prochain collectif du même nom ? En tout cas, son interview au JDD a été retweeté par le Service d’Information du Gouvernement, comme si ce n’était pas le gouvernement qui fixait les budgets des ministères ! Dans une interview donnée au journal Le Parisien peu après sa nomination il indique que 
« le pays a besoin d’un rehaussement significatif du budget de la justice » 
et il précise, à rebours de ce qu’il préconisait auparavant :
L’incarcération est un outil utile, et la surpopulation carcérale une réalité. Je crois qu’il faut construire de nouvelles places de prison. Dans la négociation budgétaire que je vais devoir engager avec le Premier ministre, j’espère obtenir des moyens financiers pour lancer de nouveaux chantiers.
La « négociation budgétaire » dont il est question devrait au minimum inclure la suppression effective d’autres dépenses afin de ne pas accroître le dérapage d’un budget 2016 dont on sait qu’il a été très difficile à boucler, et qu’il est déjà soumis à la pression des multiples promesses lâchées par le père François depuis janvier. Hélas, ce n’est pas dans les habitudes françaises.

Si l’on espère que les appels de JJU pour faire sortir la Justice française de sa « misère » seront entendus, afin d’assurer aux Français la Justice qu’il sont en droit d’attendre conjuguée à des conditions carcérales dignes d’un pays développé, surtout quand il se décerne assez régulièrement le titre de « patrie des droits de l’homme », on ne peut s’empêcher cependant d’être inquiet des dérapages des comptes publics que cela risque d’induire si ce n’est compensé par la baisse d’autres dépenses.

On ne peut pas plus s’empêcher de craindre les nombreux revirements opportunistes du ministre, ainsi que sa propension à favoriser tous les projets de loi les plus sécuritaires à grande échelle et les moins efficaces, tels que l’article 20 de la loi de programmation militaire et la loi Renseignement qui se passent des décisions judiciaires et augmentent les pouvoirs de police administrative. JJU semble très à l’aise pour placer tous les Français sous surveillance. Saura-t-il aussi empêcher spécifiquement les délinquants de nuire aux autres et créer les conditions d’une justice à la fois ferme et respectueuse des libertés de ses citoyens ? Hmmm...


vendredi 5 février 2016

Quand connivence, étatisme et collectivisme se confond avec capitalisme


Le forum économique de Davos est, tous les ans, l’occasion pour différentes organisations non gouvernementales zumanistes, journalistes très conscientisés et autres politiciens du camp du Bien de rappeler à quel point les riches sont beaucoup trop riches alors qu’en même temps, les pauvres sont beaucoup trop pauvres. 2016 n’a pas échappé à la règle et se sont succédé études douteuses et sondages affligeants.

Oxfam, par exemple, nous a ainsi bassiné avec les palpitants (et pas du tout attendus) résultats de son analyse de la situation mondiale en termes d’inégalités en trouvant (ô surprise) que les inégalités se creusent (encore!), que les riches sont (encore!) plus riches et les pauvres sont bien sûr (encore!) plus pauvres. Les médias, notamment français, se sont empressés de relayer scrupuleusement les petits chiffres de la gentille organisation pro-gouvernementale. Et même lorsque des doutes grossiers ou des limites évidentes apparaissent, la presse n’hésite pas à sauver le soldat Oxfam en l’absolvant généreusement de ces grosses approximations. Autrement dit, on peut bien raconter des calembredaines si elles vont dans le sens communément admis que les (salauds) de riches, s’ils s’enrichissent, c’est bien en piquant leurs richesses aux pauvres.

Et à chaque fois que, dans l’actualité, le fameux forum est évoqué, la même presse n’hésitera pas à utiliser de fines ellipses pour le désigner: temple du capitalisme, les cimes du capitalisme mondial, bref, on sent bien que le capitalisme pose un grave souci, c’est évident, et que nos politiciens s’y pavanent semble chatouiller nos élites journalistiques. Ne comptez cependant pas qu’ils dénoncent la connivence des politiciens avec certains grands capitaines. Non. Ce qui chatouille les journalistes, c’est bien que des riches puissent s’afficher si ouvertement, à la face du monde alors que, normalement, la honte d’être ainsi parvenus à amasser fortune devrait les submerger.

Dès lors, on ne peut s’étonner que, lorsqu’on leur demande, les Français montrent plus que des réticences vis-à-vis du capitalisme. Les années précédentes, La Croix avait même commandé un sondage concomitant au vilain forum des riches, pour jauger de l’opinion des Français en la matière. En 2011, le sondage ne laissait aucun doute: un gros tiers n’était vraiment pas pour et souhaitait même son abandon. En 2013, le même sondage montrait une tendance alarmante : le capitalisme ne recueillait qu’une vingtaine de pourcent d’opinions favorables.

Ah oui, décidément, ces riches qui s’enrichissent, ce capitalisme qui s’installe partout (vraiment?) et ce libéralisme qui dégouline de tous les pores de nos politiciens français (mais si, mais si!), trop c’est trop!

D’ailleurs, pour contrebalancer ces aspersions gigantesques de capitalisme et d’ultranéolibéralisme, pourquoi ne parle-t-on pas plus des réussites de ces modèles économiques et sociaux alternatifs qu’un nombre croissant de Français semblent réclamer de façon véhémente? Qui nous narrera les passionnants rebondissements et la croissance phénoménale du bonheur brut par habitant des pays qui ont su choisir l’alternative au capitalisme, comme le Brésil, l’Argentine ou mieux encore, le Venezuela ? Qui, à part Libération, l’Humanité, Le Monde, le Monde Diplomatique ou tant d’autres, saura expliquer à tous les Français que ces pays, et tant d’autres, expérimentent chez eux et avec succès l’arrêt du capitalisme ?

Ah, décidément, heureusement qu’il existe encore toute un cohorte de fiers soldats de la pensée alternative! Si les journaux français (et plus généralement, francophones) ne s’étaient pas eux-mêmes investis de la mission d’expliquer, en détail, les bienfaits du socialisme, du collectivisme et de l’absolue nécessité de donner à l’État des pouvoirs décisifs, qui diable s’en occuperait? Et ça marche.

Les réussites flamboyantes des régimes étatiques plus ou moins musclés passés ou présents font peu de poids face aux promesses de lendemains qui chantent que nos journaux nous narrent avec application. En plus, le discours fonctionnera d’autant mieux dans les journaux qu’il aura été entendu préalablement avant, qu’il aura été expliqué et détaillé, par exemple à l’Université, dans les lycées et les collèges républicains, jusque dans les écoles où tout sera pensé, ouvragé pour conscientiser le futur petit citoyen.

Les citoyens, éduqués à la pensée anticapitaliste, baignés dans l’ambiance anticapitaliste depuis le journal du matin jusqu’à celui du soir, ne conçoivent plus la société que comme une lutte permanente contre ces riches qui les dépossèdent évidemment (!) du fruit de leur travail. La liberté n’est plus qu’un mot creux utilisé exclusivement pour créer de nouvelles restrictions, pour mieux corseter ces salauds de riches dont, bizarrement, le nombre ne cesse de croître lorsqu’il s’agit de payer taxes et impôts.

Quant aux politiciens, ils ont bien compris qu’un discours réellement libéral ou pro-capitaliste revient à signer leur arrêt de mort et fournissent donc ce qui est demandé.

Du reste, comment faire comprendre le capitalisme lorsque son « application » à la française consiste à faire injecter 5 milliards d’euros de l’État (des contribuables donc) directement dans le capital d’Areva, une entreprise énergétique? Pourquoi nos médias tentent-ils d’expliquer que, subitement, c’est devenu le rôle de l’État de produire de l’électricité? Pourquoi expliquent-ils que le capitalisme aurait subitement pour but de faire durer des canards boiteux, en allant piocher dans les poches du contribuable? Pourquoi tentent-ils de faire comprendre que le capitalisme serait un jeu génial où les gains sont individuels et les pertes immédiatement collectivisables pour ces personnes bien placées auprès des gens portés au pouvoir grâce à leur démagogie ?

Peut-être faudrait-il commencer par expliquer que l’État qui intervient dans l’énergie, ce n’est pas du capitalisme, c’est de l’étatisme? Que l’État qui pioche dans nos poches pour sauver des boîtes coulées par des incompétent(e)s, c’est de la connivence? Que l’État qui décide directement de l’allocation de votre argent à votre place, c’est du collectivisme? Que ni étatisme, ni connivence, ni collectivisme ne sont du capitalisme, et encore moins une expression même lointaine du libéralisme?

Mais voilà : expliquer tout ça, ce serait revenir sur des décennies de discours, de positions et de dogmes qui ont bâti l’utopie française, celle dans laquelle le capitalisme apporte évidemment la misère (surtout là où il ne sévit pas), et où l’État détient évidemment la solution aux terribles dérives observées partout où son action n’a pas été profonde, totale et irrémédiable. Revenir là-dessus, ce serait admettre que certains programmes de l’Éducation Nationale sont lourdement orientés, que la presse n’a plus rien de neutre ou d’objectif ou que la télévision distribue plutôt de la purée que des informations…

Et ça, c’est absolument impensable.