mercredi 31 juillet 2013

Egalité, taxes, bisous - le jour de libération fiscale est arrivé




On en parle sur Contrepoints, sur Atlantico, sur d’autres journaux et même sur Le Monde qui s’est fendu d’un article confus: le jour de « libération fiscale » a été dépassé fin juillet, et vous travaillez à présent pour vous même.

Bon sang, mais qu’est-ce que ça veut dire? En gros, l’idée est d’agglomérer de vos revenus toute la partie dont vous n’avez pas le choix de la destination (car elle ne dépend pas du tout de vous), de la rapporter au total, et d’appliquer le ratio au calendrier ; le nombre de jours obtenu correspond alors au temps que vous passez à travailler pour créer des richesses pour lesquels vous n’aurez aucun mot à dire quant à leur affectation.

Bien sûr, on peut, à partir de cette définition relativement sommaire, épiloguer à foison tant sur le mode de calcul que sur le résultat obtenu. C’est ce que s’empresse d’ailleurs de faire l’article du Monde dans un exercice touchant de mamours humides à la fiscalité française, pourtant pas réputée pour être particulièrement simple et accommodante. Si, dans les méandres d’arguments un peu en vrac que nous offrent les auteurs du papier, on peut comprendre certaines critiques portant sur les choix pris pour calculer l’indice en question, on constate pourtant qu’à aucun moment les deux journalistes ne semblent effarés des nombres qu’ils manipulent : pour eux, une ponction de l’État et des organismes sociaux, à hauteur de la moitié de la richesse produite, ne semble absolument pas gênante. Partant du principe qu’il reste (miraculeusement ?) un ou deux pays encore plus lourdement ponctionnaires que la France, les deux folliculaires acceptent donc sans broncher que la moitié de leurs efforts partent dans des structures qu’ils ne contrôlent pas.

Certains naïfs (ou de parfaite mauvaise foi militante) m’objecteront qu’en réalité, la Grande et Belle Démocratie et le Parlement à l’œuvre permettent d’avoir, justement, un contrôle sur les orientations des dépenses des organismes sociaux et l’État. Et le fait que les budgets des uns et de l’autre soient en déficit chronique depuis des décennies est un indicateur de bonne santé et de bonne gestion, à n’en pas douter. Les dérives, maintes fois constatées par une Cour des Comptes dont, justement, ces organismes et cet État se fichent comme d’une guigne, ne sont là que pour le décor, pour pimenter un peu ce magnifique contrôle offert par les instances législatives et ce vote démocratique si puissant qui, en 40 ans, n’aura jamais permis de régler ni le problème du chômage, ni celui des retraites, ni celui de l’assurance maladie, ni de la dette nationale maintenant colossale (ni tout le reste que les gouvernements propulsent avec leurs petits bras sous les tapis républicains maintenant bien bosselés).

Certains autres naïfs insisteront sur le caractère fallacieux du calcul puisque (selon les auteurs de ce puissant papier), une partie des fonds ainsi ponctionnés sont finalement réinjectés dans l’économie, youkaïdi, youkaïda, que les entreprises, par leurs cotisations et leurs impôts, participent aussi à cette ponction, et qu’en vertu de quoi, le ratio ne s’établirait pas autour de 50% mais bien plus bas, amenant ainsi (je paraphrase les ratiocinations du Monde) ce taux de prélèvement net de transferts, « resté remarquablement stable depuis 1959, à environ 17 % du PIB ».

Eh oui : quand on vous ponctionne 100€ qui seront ensuite dépensés par d’autres, en réalité, ce n’est pas tout à fait 100€ qui sont pris, mais bien moins puisqu’avec cette somme, vous aurez le plaisir de voir vos enfants aller à l’école gratuite apprendre à non-lire et non-écrire (pour devenir journaliste au Monde ?), aurez la joie de voyager dans des trains ponctuels pas chers qui ne déraillent pas, la tranquillité d’esprit de savoir que votre compte sera protégé d’une faillite bancaire qui n’arrivera pas (et de toute façon, la monnaie, c’est du solide), l’allégresse d’être toujours plus protégé d’un excès de vitesse, du chômage ou d’une retraite de misère, … Bref : comme vous le constatez, en retour de ces 100€ qui vous sont pris sans vous demander votre avis, on vous offre un paquet de choses succulentes qu’il serait dommage d’oublier.

Calcul très pratique mais qui oublie malheureusement un peu vite qu’une entreprise ne paie pas d’impôts (ce sont ses consommateurs qui le font, au travers du prix des produits et services fournis par l’entreprise), et que les cotisations (patronales ou salariale, c’est la même chose) sont bien prélevées sur le salaire complet que l’entreprise est prête à payer pour le travail du salarié, nonobstant les petites protestations des journalistes du Monde qui estiment qu’en réalité, … rien ne permet de dire que si, demain, l’Etat privatisait sécurité sociale, assurance chômage et retraites, le salarié toucherait l’équivalent de ce que son employeur verse actuellement à ces organismes.

Ben non. Rien de rien. Sauf peut-être le constat que dans les pays où ces cotisations sont plus faibles ou nulles, les salaires sont plus élevés en proportion (cas des Etats-Unis, de l’Angleterre et de l’Allemagne par exemple), ou que le niveau des salaires est directement (et négativement) impacté par le niveau d’interventionnisme de l’État dans l’économie (ce qui se traduit par des indices de liberté économique élevés rimant avec des salaires moyens élevés). On ne s’étonnera pas, avec ces éléments, de constater que l’indice de liberté économique de la France, faible, correspond avec des salaires moyens eux-mêmes faibles.

Et quand bien même l’hypothèse des journalistes serait exacte, dans le cas actuel, il n’y a pas à tortiller : le salaire effectif, c’est-à-dire le coût que le patron est prêt à payer pour son salarié, est bien l’addition du net et de toutes les cotisations. Et sur ce salaire complet, seul le net, soit à peu près 50%, représente la richesse que le salarié peut espérer ramener chez lui et dont la destination finale est à peu près dépendante de ses choix, à lui (à ceci près qu’il faudra encore, pour notre infortuné salarié français, sucrer les autres impôts, la TVA et habituelles vexations quotidiennes que l’État lui inflige en échange de ces insultes qu’il appelle ensuite cyniquement Service Public pour mieux faire passer la pilule). Au bilan, si l’on rapporte ce ratio au calendrier, oui, le salarié français passe bien plus de la moitié de son année à bosser pour l’État, les autres, la collectivité.

Et à cela, on aura trois remarques.

Tout d’abord, si certains (nos amis du Monde semblent en faire douillettement partie) pensent que travailler pour les autres est parfaitement génial, on peut se demander si cette charité ni spontanée, ni optionnelle est bien, au moins, consentie par la population. Vu le nombre de personnes qui choisissent, tous les ans, de s’expatrier pour fuir les impôts français, on peut en douter. Le doute s’installe fermement si on y ajoute ceux qui font des pieds et des mains pour instaurer et/ou utiliser toutes les niches fiscales possibles et imaginables. Le doute devient certitude lorsqu’on ajoute le comportement des élus eux-mêmes dont tout indique (bisous au passage ici, Monsieur CAHUZAC) qu’ils sont les premiers à tout faire pour ne pas participer, justement, à cet élan collectiviste über-bisou mais en définitive, vraiment pas consenti.

Ensuite, on peut se demander (mais pas nos amis du Monde, qui ont d’autres libéraux à fouetter) si cette ponction autoritaire et non consentie est bien mise en face d’un service public en rapport avec ce qui est prélevé. Le lecteur attentif aura discerné, aux paragraphes précédents, que je ne le pense pas, même sous l’emprise de l’alcool. Charge aux hypocrites, aux idiots utiles ou aux débatteurs de mauvaise foi de me prouver que si, si, nos administrations, nos caisses d’assurances collectives et notre État font un travail remarquable et en rapport avec les 1800 milliards de dettes et de toutes les taxes prélevées. Ce sera un exercice amusant.

Mais enfin, et c’est le plus important, il impose de se demander à partir de quel pourcentage, de quel jour dans l’année si l’on revient à notre indice, on peut se considérer comme libre ou, a contrario, comme esclave. Puisqu’il est entendu qu’un État et des organismes sociaux qui prélèveraient 100% de tout ce qu’on produit nous transformeraient à l’évidence en esclaves, incapables (puisque n’ayant plus aucun revenu en propre) de subvenir à nos besoins sans eux, peut-on dire qu’à plus de 50% de ponction, nous sommes encore libres ?

Cette question est à mon sens bien plus importante que les arguties millimétriques sur la pertinence de tel ou tel aspect de l’indice : un pays est-il malheureux avec un taux de ponction plus bas ? Est-il plus heureux avec un taux de ponction plus élevé ? Est-il normal qu’il soit déjà si haut pour la France ? Est-il pertinent de l’y laisser alors que tout indique que c’est précisément son niveau qui entraîne le pays dans le marasme économique le plus profond ?

Heureusement, je vous rassure : grâce au démontage en règle de l’indice par les soldats de la Bonne Pensée, le thermomètre sera foulé au pied, la mesure ne sera pas faite, les esprits seront calmés, la journée de libération fiscale disparaîtra et l’enfer fiscal français pourra continuer comme devant.

lundi 29 juillet 2013

7 raisons de rester optimiste pour l'avenir de la France, vraiment?





"France : cinq raisons de ne pas désespérer." 

C’est le gros titre du magazine Alternatives Économiques de juillet-août 2013. Enfin un dossier dans lequel je pourrais trouver des arguments sérieux pour lutter contre mon appréciation négative, pour ne pas dire assez noire, de l’avenir économique qui attend notre pays? C’est vrai finalement, peut-être pêchons-nous par excès de pessimisme et il est important de regarder avec attention ce que les « optimistes » ont à nous dire à nous, les « pessimistes »!
 

1er argument : notre pays n’est pas le plus touché !
C’est vrai, force est de reconnaître que c’est pire en Espagne, en Italie, au Portugal, en Irlande, sans oublier la Grèce à laquelle personne n’a vraiment envie de se comparer. Pour Alternatives Éco, nous sommes globalement dans la moyenne européenne, alors y a-t-il vraiment de quoi se plaindre?

Je pense, hélas, que oui. Évidemment, nous sommes dans la moyenne européenne mais se satisfaire d’être un élève moyen dans une très mauvaise classe ne me semble pas être un argument ni pertinent ni percutant.

2e argument : les causes de la mélancolie française
Ce n’est pas à proprement parler un argument mais plus une tentative d’explication que je trouve assez bonne.
Le malaise français est ainsi mis souvent en relation avec le déclin relatif de l’Hexagone en termes d’influence géopolitique, ou encore avec la fin des Trente Glorieuses.
Plus structurellement, il est parfois analysé comme le résultat d’un système scolaire accusé de miner la confiance que les individus peuvent avoir en eux-mêmes ou dans les autres. Enfin, il est quelquefois imputé également à une culture nationale qui attend trop de la politique et de l’État qui, du coup, fabrique continuellement des déçus.
Ces explications sont parfaitement recevables. On pourrait également rajouter, mais ceci est parfaitement personnel, que ce pessimisme français s’explique aussi par un bon sens populaire paysan qui perdure dans notre pays. Nos concitoyens peuvent être « simples », parfois peu formés, surtout en économie. Pourtant, leur intelligence est réelle et ils comprennent parfaitement que l’on ne peut pas raser gratis éternellement (même si tous tenteront d’en profiter le plus longtemps possible). 

Ils comprennent parfaitement que l’on ne peut pas dépenser plus que ce que l’on gagne jusqu’à la fin des temps. Ils savent cela parfaitement quand bien même individuellement vous les trouverez dans la rue pour défendre leurs avantages « à qui ?! ». Je pense donc que l’intelligence paysanne de notre population lui permet de voir se profiler une grande catastrophe financière, ce qui est suffisant pour être pessimiste !

3e argument : la mondialisation peut changer de chemin !
Ici, l’idée défendue par le journal Alternatives Éco, c’est que ce n’est pas parce que la mondialisation actuelle nous est défavorable que l’on ne peut pas en construire une autre ou encore l’améliorer. Alors cela est vrai théoriquement parlant mais pour le moment, les peuples occidentaux ne voient rien venir, si ce n’est leur appauvrissement contre un enrichissement très relatif des populations des pays dits « émergents ». 

En réalité, la mondialisation profite aux multinationales qui vendent encore très cher ici en produisant le moins cher possible là-bas. Résultat : en 2012, la part de la consommation intérieure chinoise dans le PIB de la Chine est inférieur à 3%, ce qui montre bien que pour le moment les Chinois sont surtout payés en bols de riz. La mondialisation signifie pour le pékin moyen (dans tous les sens du terme) de ne plus mourir de faim. Guère plus, même si c’est déjà beaucoup.

Pour le moment, rien ne permet d’anticiper un changement dans la mondialisation et ce n’est pas le Traité transatlantique qui risque de nous réconcilier avec ce concept. Ce n’est donc pas un argument ni convaincant ni percutant.

4e argument : on n’a pas de pétrole mais on peut avoir des idées !
S’il y a bien un argument éculé, c’est celui-là ! Ce slogan date de mon année de naissance! Cela fait trente ans que l’on nous ressort qu’à défaut de pétrole, nous avons des idées. C’est évidemment vrai. Compte tenu de sa taille, notre pays dispose d’une maîtrise technique et d’une capacité d’innovation inégalée dans le monde, y compris aujourd’hui. Pour autant, cela ne nous permet pas de gagner la bataille ni de la croissance ni de l’emploi et cela fait trente ans que ça dure. 

Il est à noter également qu’en dépit des aides et des dispositifs de soutien à l’innovation, nos dépôts de brevets sont en diminution constante depuis le début de la crise. L’innovation est une chose complexe et il est très dur de l’encadrer et encore plus difficile de la stimuler ou de la déclencher ! L’innovation ne se décrète pas.

L’innovation ne peut naître que de la liberté, de la capacité à sortir des sentiers battus, elle est menée par des esprits non conventionnels et ne peut-être que risquée ! Ce n’est donc pas un argument ni convaincant ni percutant.

5e argument : l’Europe n’est pas condamnée à la récession !
Soyons sérieux! Dans l’absolu, encore une fois, c’est vrai. En tout cas théoriquement. Mais il ne faut pas se leurrer, pour sortir de la récession, il faut accepter de ne pas rétablir les finances publiques. Or ne pas rétablir les finances publiques, c’est aller plus vite vers la faillite. Si la BCE intervient, ce qui est encore une fois théoriquement possible sur le modèle américain ou japonais, alors c’est la monnaie qui sera dévaluée d’autant sans pour autant obtenir une croissance forte si l’on regarde bien le « modèle » américain.

Pour obtenir moins de 2% de croissance, les Américains augmentent leur dette de presque 8 %… Cette politique ne fonctionne pas plus que celle de l’austérité fiscale en Europe. Il n’y a pas de solution facile, encore moins de solution efficace. Nous sommes dans une impasse économique liée à une accumulation de facteurs à commencer par l’accumulation de dettes à tous les niveaux. Ce n’est donc pas un argument ni convaincant ni percutant.

6e argument : la France a des atouts à faire valoir !
Solidité des institutions, démographie relativement dynamique, système de formation, qualité des infrastructures… Là encore, c’est vrai. C’est vrai mais c’est illusoire car tout cela existait hier, aujourd’hui et demain. On peut même d’ailleurs considérer que ces paramètres se dégradent. Nos infrastructures sont vieillissantes et pour ceux qui voyagent, Roissy, dont nous sommes si fiers, est à peu près aussi démodé qu’une simca 1000 sur nos routes. 

Nos routes justement… Au mieux, deux fois deux voies… de temps en temps trois… au mieux, y compris sur nos très grands axes comme l’A10 ou l’A6. Pas de quoi être fiers par rapport aux infrastructures asiatiques, qu’elles soient chinoises ou… malaises ! Nos lignes de TGV ? Même l’Espagne a plus de lignes à grande vitesse que nous (en données corrigées de l’accident dramatique qui vient de se produire).

À mon sens, se gargariser de nos infrastructures est une erreur. Elles sont mauvaises, dépassées, vieillissantes et pas ou peu modernes… Vous avez vu le revêtement de l’A6 à quelques kilomètres de Paris ? Je l’ai toujours connu. C’est encore du béton rose/orange rainuré ultra-dangereux et datant des années 70. Nos transports en communs parisiens sont à l’avenant. Mal foutus, sous-dimensionnés, inconfortables, pas climatisés (ce qui est le cas partout dans le monde sauf chez nous).

Concernant l’éducation nationale, avec plus de 20% d’illettrés mais 84% de reçus au BAC… il y a de quoi se gratter la tête sur la formation à la française. Excellente pour les « élites » et assez lamentable pour le reste de la population. J’ai donc beaucoup de mal à nous considérer comme à la pointe du progrès sur ces sujets. Ce n’est donc pas un argument ni convaincant ni percutant.

7e argument : la France n’est plus une grande puissance et alors ?
Et alors là, en revanche, je suis entièrement d’accord avec Alternatives Économiques. Poursuivre la chimère de la grande puissance n’a aucun sens si cela fait le malheur de notre peuple. La puissance aujourd’hui n’est plus tant militaire (et pourtant il faut une armée crédible car elle reste l’assurance vie ultime de notre pays) qu’économique. Nous devons gagner la bataille économique qui est la mère de toutes les batailles. Être « riches » signifie que l’on a un gâteau à partager, il sera toujours temps de se demander ce que nous financerons ! La première étape c’est bien la création de richesses. C’est cette création de richesses qui nous permettra in fine de retrouver un rang de grande puissance.

Pour autant, ce n’est pas un argument ni convaincant ni percutant. Car en réalité, cela veut bien dire que nous devons accepter de perdre pour regagner éventuellement ensuite et sans certitude… Cet argument je l’aurais trouvé pertinent si comme je le crois on nous expliquait que notre pays peut exister comme existe la Malaisie ou la Suisse, sans presque de chômage. Que la France peut être indépendante dans ses choix, dans ses normes, dans ses stratégies, dans sa monnaie, et dans toutes les composantes de sa souveraineté.

Conclusion
À la lecture de ce dossier spécial, finalement les « optimistes » encore une fois n’ont strictement aucun argument valable pour me vendre le fait que je suis trop « pessimiste »! Les risques l’emportent clairement. Nous évoluons dans un cadre sensiblement identique et qui a échoué. Plus d’une politique menant à l’échec donne rarement un succès. Cela en général précipite la perte. Mais peut-être, même si cela s’accompagne de grandes difficultés, faut-il espérer que ce système s’effondre pour en reconstruire un meilleur et plus efficient. C’est en tout cas ce qu’expliquait Nicolas Doze, l’économiste de BFM, dans l’une de ses dernières informations.

Alors pessimistes de France et de Navarre, nous avons encore de beaux jours devant nous, et les « optimistes » peuvent aller revoir leur copie ! Ouf, je suis rassuré!

vendredi 26 juillet 2013

Une atmosphère étouffante


Pour partir en vacances, j’ai dû emprunter l’autoroute. J’ai payé mon péage – les infrastructures ayant été construites avec l’argent des Français de plusieurs générations et désormais privatisées pour engraisser quelques intérêts privés. J’ai évité – enfin je crois – les radars en utilisant mon limiteur de vitesse fixé à 133 km. 

J’ai payé mon plein et mon gasoil avec toutes les taxes qui vont avec. Je me suis arrêté toutes les deux heures pour éviter de m’endormir au volant. Je n’ai pas bu, ni fumé du cannabis avant de prendre la route. J’ai mon assurance et mon permis de conduire est encore valide. J’ai mon gilet jaune. J’ai mon triangle de signalisation. J’ai un brumisateur pour la chaleur… des couvertures pour l’hiver. J’ai même deux éthylotests qui devaient devenir obligatoires et qui ne le sont plus!

Mais cela ne suffit pas. Non, il faut nous emmerder le plus possible. Donc Manu, le sinistre de l’Intérieur, a décidé qu’il allait falloir encore baisser la vitesse autorisée… mais c’est pour not’bien, vu que moins on roule vite moins on consomme… D’un autre côté, on doit rouler plus longtemps, ce qui augmente les risques vu qu’on passe plus de temps sur la route… D’où mon idée géniale de vouloir arriver toujours le plus vite possible – non c’est une blague, on n’a pas le droit de faire l’apologie de l’accident de la route et de la vitesse. D’ailleurs, de nos jours, on parle de « violence routière », de « délinquance de la route »… 

La France est devenue étouffante 
Voilà, je trouve que ce qui se développe de plus en plus dans notre pays, et à tous les niveaux, est une atmosphère étouffante où tout – absolument tout – est réglementé, légiféré, organisé, codifié et normalisé. Une atmosphère où finalement plus rien ou plus grand-chose n’est possible sans devoir affronter la complexité des lois et les coûts que cela engendre.

Il ne faut pas s’y tromper. Cette ambiance générale et délétère a des conséquences monumentales sur plusieurs aspects très importants. Cela freine toute initiative économique. Cela freine le dynamisme global de notre population. Cela attaque le « moral » des Français. Cela freine les investissements étrangers. Cela contribue à l’entretien d’un État obèse qui a besoin de plus en plus de fonctionnaires pour s’occuper de choses parfaitement inutiles, comme de policiers pour contrôler le dangereux fumeur du Square de la poupée qui tousse à Trifouillis-les-Oies. Il faudra trois magistrats pour juger ce dangereux criminel. Cinq greffiers pour taper à la machine (à l’ordinateur pardon) le jugement rendu. Un huissier de justice pour le « signifier ». Une prison pour héberger temporairement ce décidément très dangereux récidiviste. Bref, tout cela coûte énormément à la société.

Nous sommes devenus fous
Nous rentrons dans une société de paradoxes d’où tout bon sens est parti… Il en reste encore un peu certes, mais finalement il est en voie de disparition. Une société qui n’a jamais été aussi violente et pourtant aussi restrictive. Une société où tout est pénalisé ou presque et où pourtant 75% des peines de prison fermes de moins de 6 mois ne sont pas exécutées faute de place. Une société de caméras, de drones et d’hélicoptères de surveillance… qui n’empêchent pas les émeutes – pardon on dit « échauffourées » en novlangue. Une société où l’on vous impose les façons légales de mourir, où l’on encadre « la fin de vie » et la vie toute entière… mais où l’on ne fait rien pour lutter contre les 200 000 tentatives de suicides annuelles provoquant la mort de 11 000 de nos concitoyens… chaque année, soit presque cinq fois plus que les victimes de la route. Il est vrai qu’il est difficile de taxer le suicide. 

Une société où l’on se ment, où l’on nous ment en permanence et sur tous les sujets. Une société où une maman (de gauche, c'est-à-dire pour le progrès) m’a expliqué quand même qu’elle n’arrivait pas à expliquer à son gamin de 3 ans « comment faire les bébés » alors que lui expliquer que deux hommes pouvaient s’aimer ne lui posait pas de problème… Elle sentait bien elle-même qu’il y avait un problème – le problème n’étant pas que deux hommes ou deux femmes puissent s’aimer.

Alors oui, nous sommes devenus fous. Nous nous intéressons à l’anodin et jamais à l’essentiel. Nous n’avons plus de projet de société. Nous n’intégrons plus, nous sommes tous devenus communautariste. Tout est communauté. Les communautés religieuses certes, mais cela va bien au-delà. Toute la société, notre société, est fragmentée en groupes, groupes qui servent de base uniquement à la segmentation marketing.

Nous massacrons notre propre langue, notre éducation et nos écoles. Nous massacrons notre jeunesse, nous massacrons notre économie, nos lois et notre justice. Nous passons des lois que nous n’appliquons pas dans les faits. Nous faisons des normes pour tout… et pourtant nous ne contrôlons rien alors que 80% des produits qui arrivent de Chine chez nous ne sont pas conformes…

La liberté ne se divise pas !
Et c’est un point essentiel. La liberté a un corollaire. Celui des abus de la liberté. Ne vous méprenez pas au sujet de mes propos. Je ne suis pas pour le laxisme. Je dis simplement que la notion de mort évitable, que le concept de délinquance zéro, que l'idée de sécurité totale sont des leurres qui ne peuvent conduire qu’à une société ultra étouffante, sans liberté si ce n’est celle de consommer et même plus celle d’entreprendre, de réfléchir et de créer… et qui, malgré tous ces inconvénients, ne vous apportera jamais la sécurité que vous souhaitez.

Pour paraphraser Churchill, qui avait déclaré à propos des accords de « Munich » que l’on avait « préféré l’humiliation à la guerre et que nous aurions l’humiliation et la guerre », nous avons préféré le risque zéro à la liberté, nous aurons le risque et l’absence de liberté !

Oui cette société est étouffante, et la meilleure chose que ce gouvernement et les autres auraient à faire est de redonner l’initiative au peuple. Laissez faire les gens. 

Que l’État assure ses tâches régaliennes – dont la sécurité et la stabilité fiscale – et qu’il laisse faire les gens, qu’il laisse le peuple se débrouiller, car le peuple est capable de déployer des trésors d’ingéniosité et d’inventivité !