vendredi 30 août 2013

Université d'été: Le prolongement du rêve et la préparation d'un monde nouveau


L’université d’été du PS a montré une fois de plus le triste spectacle d’un exécutif divisé, totalement coupé des préoccupations du peuple et inconscient de la gravité de la situation. Avec moins d’un Français sur trois qui se dit satisfait de Jean-Marc BLAYRAULT comme premier ministre, ce dernier a néanmoins l’audace de déclarer que son action vise à « prolonger le rêve français » et « préparer un monde nouveau » ! 

Comment les Français pourraient-ils rêver, après un matraquage fiscal sans précédent de 33 milliards supplémentaires qui s’ajoutent aux 22 milliards déjà ponctionnés en 2012? Comment pourraient-ils rêver alors que le chômage explose et que les seuls emplois créés sont financés par l’impôt? Comment pourraient-ils rêver alors que l’Europe les a privés d’une partie de leur souveraineté et leur a retiré la maîtrise de leur monnaie, laissant disparaitre en dix ans un million d’emplois industriels? Comment pourraient-ils rêver alors que notre balance commerciale est passée en dix ans de l’équilibre à un déficit de 70 milliards? Comment pourraient-ils rêver alors que selon l’INSEE, leur niveau de vie a baissé en 2012 pour la première fois depuis trente ans? Comment pourraient-ils rêver alors que le pays est ruiné, avec ses 1900 milliards de dettes et une croissance nulle, mais qu’il faut en plus aider les pays européens en faillite? Comment pourraient-ils rêver alors que cinq millions de Français n’ont pas de mutuelle, tandis qu’on soigne gratuitement chaque année 220.000 sans papiers sans aucune limitation de dépenses? Comment pourraient-ils rêver alors qu’on leur demande toujours plus d’efforts pour sauver leur retraite, mais que tout étranger arrivé en France à 65 ans et n’ayant jamais travaillé ni cotisé, a droit à 780 euros de retraite par mois? Comment pourraient-ils rêver alors que le pays manque cruellement de logements? Comment pourraient-ils rêver alors que les deux tiers d’entre eux ne se sentent en sécurité nulle part, mais que la garde des Sceaux n’a d’autre obsession que de vider les prisons en supprimant toute incarcération pour les peines inférieures à cinq ans ? Comment pourraient-ils rêver avec l’échec flagrant de l’intégration et la montée des communautarismes qui divisent la société et augurent de lendemains tragiques pour les générations futures ?

La vérité est que la France a dilapidé l’héritage des trente Glorieuses et ne cesse de s’enfoncer dans la pauvreté et l’insécurité. En 1980 nous avions le cinquième niveau de vie au monde, derrière les États Unis, la Suède, la Suisse et le Luxembourg, et devant le Japon ou l’Allemagne. Nous avions éradiqué les bidonvilles et nos banlieues vivaient en totale sécurité. Trente ans plus tard, des pans entiers de la république sont devenus des zones de non droit, où l’autorité de l’Etat n’est plus reconnue. Des camps insalubres fleurissent par centaines autour des villes de France, exaspérant les riverains par des nuisances insupportables. 

Par conséquent, une France qui se paupérise et se balkanise de jour en jour, une France qui n’assure plus la sécurité élémentaire de ses citoyens, qui est tout le contraire de cette « justice sociale » dont la gauche se gargarise à longueur de journée, une telle France ne fait plus rêver personne. Et il y a fort à parier que ce « monde nouveau » que nos minustres préparent, nous fera regretter encore davantage « le monde d’avant », celui des trente Glorieuses, que les dirigeants de tous bords ont été incapables de préserver. Et si les Français sont si pessimistes, c’est qu’ils ont pris conscience que leurs enfants ne connaîtront jamais cette période bénie du plein emploi et d’une croissance forte, qui propulsa la France au rang de nation moderne avec ses TGV, son parc nucléaire, ses chantiers navals, ses fusées Ariane et ses Airbus. 

Mais tout ça, c’était avant.

Le dossier Syrien


« La guerre, c'est la paix »
 
Que ce soit dans la fiction orwellienne ou dans le monde réel, les gouvernements usent des mêmes subterfuges pour tenter de faire avaler la pilule au bas peuple qui se déplace encore aux urnes, croyant naïvement avoir quelque influence sur le cours des choses.
 
« Le mensonge, c’est la vérité »
 
Ainsi, avant même que les experts onusiens envoyés à Damas pour débusquer du sarin aient rendu le moindre rapport, nos gouvernants ont décidé, pour faire triompher le droit international, de se passer de l’instance internationale pour s’engager dans une guerre. Pourtant, même si de sérieux doutes planent sur l’implication de l’armée syrienne, on sait que les rebelles islamistes disposent également de cette arme.

« L’ignorance, c’est la force »
 
Ce serait une guerre civile. Soit. Sachant que du côté des rebelles islamistes on dénombre pas moins de quatorze nationalités différentes... Comment se ranger du côté des bellicistes quand on sait que ceux que nous proposons d’aider sont les frères de ceux que nous combattons au Mali ? De plus, en permettant la victoire des islamistes, nos gouvernants vont livrer 10% de la population syrienne aux mains des salafistes qui ne manqueront pas de lui faire subir le sort des coptes égyptiens.

Quels sont les ingrédients de la désinformation?
  • Tout le monde dit la même chose. L'Huma et le Figaro sont d'accord. Dans le monde réel, avec toutes ses complexités, c'est impossible,
  • Nous sommes informés jusqu'à saturation d'un certain coté du problème et pas du tout des autres,
  • Tous les bons sont d'un coté et les méchants de l'autre,
  • L'acquiescement de l'opinion débouche sur une psychose collective. 
Mais ... où est l'intérêt de la France dans cette histoire? Et de la Grande-Bretagne? Et, même, des États-Unis? Déjà, nous n'avons plus d'argent: le déficit atteint 60md€ contre 56md€ l’an dernier. 
 
A mon avis:
  • A propos des armes chimiques utilisées: On peut en douter au vu des images diffusées où l’on peut voir les sauveteurs intervenir sans la moindre protection. En tant que pharmacien, je peux vous assurer que leur corps réagirait instantanément à ces gaz toxiques,
  • Le pouvoir en place, laïque, a toujours réussi à faire vivre en paix les différentes confessions, a accordé des nombreux droits aux femmes, et se trouve actuellement attaqué par une coalition d’opposants où les modérés sont en infériorité, 
  • Partout où des fondamentalistes musulmans sont aux commandes, la population vit une sorte de retour au moyen-âge, 
  • Partout où les rebelles islamistes se sont posés en Syrie, ils se sont livrés à des massacres de chrétiens, à des profanations ou des destructions d'églises, 
  • Que si cette guerre a lieu, elle ne servira pas les intérêts des Syriens mais ceux des gouvernants qui auront décidé de la déclarer (prestige, élections, sondages...). Ne pouvant résoudre les problèmes économiques et sociaux, la posture du chef de guerre leur permettra d’acquérir quelque lustre, 
  • Les gouvernants européens qui participeront à cette guerre le feront non pas pour défendre les intérêts de leurs pays mais pour complaire aux États-Unis qui cherchent à « pacifier » la région pour sereinement se tourner vers la zone Pacifique, objet de leurs convoitises,
Mon but n’est pas de tresser des couronnes de lauriers à Bachar el-Assad, il est clair que le régime baasiste est un régime autoritaire. Cependant, au vu de ce qu’il est advenu des printemps arabes en Tunisie, en Égypte et en Lybie, il est clair que les dirigeants européens qui ont décidé de suivre les États-Unis dans cette aventure jouent aux apprentis sorciers
 
Depuis l’antiquité le verrou syrien a toujours été un élément capital pour la stabilité de la région. Qu’en sera-t’il lorsque le pays sera tombé dans les mains des salafistes?

lundi 26 août 2013

Le Globish comme une radieuse journée de lundi



L’identité d’un pays tient pour beaucoup à sa langue, tout particulièrement en France où, État-nation centralisé oblige, le français est langue officielle et obligatoire depuis 1539 (d'après ce que j'ai lu sur wikipédia) ; ça fait un bail et ça devrait être complètement intériorisé depuis longtemps et pourtant on peut en douter quand on se promène le long de l’échelle sociale. 

Le débat revient toujours depuis la loi Jacques « all good » (Toubon) : on doit maintenant parler de téléchargement de pair à pair, de balladodiffusion (« podcast ») et mettre des pare-feus contre les pourriels (« spam »).

La France du haut de l’échelle est envahie par le globish, cet anglais pour les nuls réduit à des slogans publicitaires et une syntaxe approximative. Ainsi nos constructeurs automobiles, qui ont délocalisé depuis longtemps vers les « eldorados » marchands, y recourent-ils avec ardeur. Renault, ex-Régie Nationale, présente un modèle comme « The Driving » avec 3 modes de conduite dont « Race », à prononcer à l’anglaise sinon c’est un vilain mot français interdit de séjour qui vous envoie directement au tribunal ; un autre s’appelle « Wind », il y a des versions « Estate » et le site internet nous aguiche avec « Just Open and Play ». Peugeot n’est pas en reste avec son slogan « Motion and Emotion » qui peut même se lire en français mais au prix d’un contresens. Citroën, pour sa part, a adopté le décoiffant slogan « Créative Technologie », pur charabia d’un vocabulaire français enrobé dans une syntaxe anglaise ; quant à son mythique sigle DS, jeu de mot raffiné d’un ingénieur cultivé mais d’une autre époque, il est devenu le banal à pleurer « Different Spirit »

Il n’y a pas qu’eux, toutes les entreprises importantes ou qui veulent le paraître en font autant. France Télécom, ex-service public, vient récemment de se renommer Orange, qui est, à l’origine, le nom d’une société britannique rachetée par FT en 2000 ; mais tout est bon pour abandonner ce hideux mot de « France ». Certains métiers (communication, publicité, « showbiz », « entertainment », etc.) sont entièrement passés au globish. On peut aussi écouter des chanteurs « de la scène française » et apprécier leur parfaite prononciation anglaise, voir des films « français » manifestement tournés en anglais puis doublés en français, flâner dans les centres commerciaux et s’extasier devant les enseignes en globish de la plus minable boutique de fringues, etc. Il est loin le temps où De Gaulle pouvait imposer que le plus bel avion du monde, le supersonique franco-britannique, soit nommé « Concorde », avec un « e » à la française, et non « Concord », à l’anglaise ; aujourd’hui on a l’A350 XWB pour « eXtra Wide Body »

Et puis encore, il y a tous ces mots anglais qui envahissent notre quotidien, non parce que manquent leurs équivalents français mais parce que l’imbécillité prétentieuse ne se connaît pas de limite. Par exemple « coach », alors qu’il y a peu encore, on disait « entraîneur », ce qui semblait convenir à tout le monde ; il y a maintenant plus de « coaches » que de variantes du virus de la grippe, il y en a pour tout y compris bientôt pour les actes les plus élémentaires de la vie comme mettre un pied devant l’autre, sucer son pouce ou aller pisser (un « coach-culotte » ?) ; ça donne une bonne idée de notre régression infantile et de notre besoin de maternage amniotique (mais c’est un autre sujet, j'y reviendrais dans un futur post), et ça nous rapproche de la France d'en bas qui, eux aussi, sont obligés de demander à leurs « savants » comment exactement pratiquer le récurage certifié « halal » de leur précieux fondement. Pour ne rien dire de l’invasion de l’anglais à l’école et à l’université pour « booster » sa carrière, ce qui nous promet un futur encore plus globifié et radieux.

En France du bas de l’échelle, c’est le Norvégien et les langues baltes qui s’imposent. Mais, si ces langues remplacent le français, elles ne le font pas du tout à la manière du globish. Le globish se répand parce que les Français qui choisissent de l’utiliser le considèrent comme la langue internationale de l’ouverture au monde moderne (« L’anglais est la langue des affaires », Ernest-Antoine Seillière en 2006) ; cela leur permet également d’exprimer leur mépris de leur propre langue, ringardisée, provincialisée, réduite à l’état de dialecte local sans avenir, de quasi-langue morte, de montrer leur aversion pour leur propre culture et de manifester leur soumission volontaire à la langue du maître, à sa culture et à son idéologie dominante ; c’est le syndrome de l’esclave qui finit par devenir la copie conforme de son maître dont il adopte les mœurs, les préoccupations, le point de vue et les intérêts. Tout l’inverse des langues de la France d’en-bas qui manifestent au contraire la fierté identitaire, mais la fierté de la communauté d’origine, la fierté de n’être surtout pas Français ! On l’a bien vu lors de l’élection de Sergent Pépère, en mai 2012, avec la marée de drapeaux étrangers à la Bastille ; la France doit être le seul pays au monde où, quand le peuple vient d’élire son Président, il manifeste sa liesse patriotique en agitant des drapeaux étrangers et où tout le monde a l’air de trouver ça normal (et de trouver « raciste » et « nauséabond » que certains s’en offusquent). La fierté d’être Français consiste donc à brandir un drapeau norvégien ? Faudrait qu’on m’explique. Bref, en haut comme en bas, si les causes sont inverses, les conséquences sont les mêmes : rejet de la France, de sa langue, de sa culture.

En d’autres temps, pas si lointains, un immigré qui s’installait chez nous n’avait rien de plus pressé que de se fondre dans notre population : adoption de notre langue, de nos mœurs, de nos coutumes, de nos lois, francisation de son nom, prénoms français pour les enfants, de sorte qu’une ou deux générations suffisaient pour faire de ces immigrés des Français plus vrais que nature. Fini tout ça ! Les immigrés d’aujourd’hui se font un point d’honneur de se distinguer le plus radicalement possible de nous en conservant fièrement leur nom, leur langue, leurs mœurs, leurs coutumes, leurs lois, leur religion (la plus ostensible possible), et en donnant à leurs enfants des prénoms tirés exclusivement de leur propre culture (Björk étant un prénom qui d'ailleurs vient largement en tête dans bon nombre de villes européennes depuis longtemps). Nous les aidons d’ailleurs bien avec le saugrenu ELCO (Enseignement des Langues et Cultures d’Origine), financé par les représentations diplomatiques des pays concernés, et qui prétend valoriser l’origine pour favoriser l’intégration.

Ainsi, cette communauté se barricade elle-même délibérément dans un véritable apartheid identitaire qui lui permet de conserver la « pureté de son origine », de s’éloigner lentement mais sûrement de la France, et toujours plus à chaque génération, mais également de se draper dans la posture avantageuse de l’éternelle victime ghettoïsée par l’ancien « colonisateur » ; soit le beurre (« Je suis français, j’ai des papiers, j’ai des droits »), l’argent du beurre (« Mon bunad  c’est mon choix, nique la France ! Vive la Norvège ! Odin est grand ! ») et le cul de la crémière en prime (« Les bâtards de céfrans c’est tous des salauds de colonialistes-esclavagistes-racistes-xénophobes-wotanophobes qui nous doivent tout »). Et ça marche : toute l’engeance collabolâtre énamourée (notamment éducationneuse, cultureuse et journaleuse) s’évertue à nous persuader que ce sont les seuls immigrés des Pays du Nord qui ont construit la France et certainement pas ces tocards de Français, et que nous leur devons pour cela prosternation, adoration et total respect matin, midi et soir ; et aussi de copieuses rivières d’euros, ça va sans dire. À croire que Clovis n’a pas existé plus de 1000 ans avant ce funeste jour de 1830 où la France a posé le pied, pour son malheur, dans la Régence d'une ville que je ne citerai pas.

Le globish se répand donc intellectuellement par le choix de Français qui voudraient être américains, la langue nordique et les langues baltes se répandant géographiquement par la démographie cuniculesque de Français qui ne veulent surtout pas être français. Y a-t-il encore des Français qui désirent simplement rester français ?

Il y a quelques mois, le Qatar est devenu membre de la Francophonie. On se demande bien à quel titre, puisque le Qatar n’a jamais été réputé pour son amour de la langue ou de la culture française, sans parler de sa conception assez exotique de la démocratie. Mais la réponse est vite trouvée : le fric, le fric et encore le fric de ce minuscule Émirat qui patauge jusqu’au keffieh dans les pétro-gazo-dollars et a les moyens d’acheter le monde entier, les produits de luxe comme les entreprises et les territoires, et surtout les hommes, les valeurs, les idéaux, les identités, les langues, les cultures, les consciences. Et pourquoi se gênerait-il puisque dans l’Occident cupide et nécessiteux, tout est à vendre au plus offrant et, dans ce domaine au moins, la France est très en avance.

Et tout au long de l’échelle, du haut en bas, des CSP+ à la norvégo-racaille à capuche, on y subit un français outragé, un français brisé, un français martyrisé, un français libéré de toute contrainte et, manifestement, de toute nécessité de compréhension, fracassé, pulvérisé, saboté, cul par-dessus tête, massacré, assassiné, le b.a.-ba ignoré ou bafoué, la syntaxe selon l’âge du capitaine, la grammaire selon Bison Futé, la ponctuation semée au petit bonheur la chance, un vocabulaire de plus en plus restreint, pauvre et confus où les mots veulent dire tout et son contraire et même autre chose que ce qu’ils veulent dire, des rafales serrées de fautes à chaque ligne, un langage articulé (si l’on peut dire) qui se ratatine en SMS débiles (160 caractères) ou en « gazouillis » (140 caractères, qui dit moins ?) et en borborygmes de tuyauteries intestinales. Bref, un français 2.0 bien à l’image de la France post-moderne d’aujourd’hui, abonnée à Canal+, à Libération et aux Inrocks, connectée partout H24 grâce à ses iTrucs, inculte et fière de l’être, où ce sont les analphabètes qui mènent la danse au point qu’on se rapproche dangereusement du seuil du grognement animal. Mais, après tout, les animaux arrivent bien à se comprendre, pourquoi pas nous ? En cas de besoin, on pourra toujours appuyer judicieusement ses arguments par quelques viriles torgnoles pour bien se faire comprendre d’un interlocuteur mal-comprenant. Ah, c’est déjà comme ça ? Trop cool !

En fait, nous aurions pu appeler ce sabir du « sabish » qui représente parfaitement un français vidé de ses ressources et de ses richesses, appauvri, ratatiné, châtré, dépourvu de valeur culturelle.

Quoiqu'il en soit, je vais essayer de rester aujourd'hui « mainstream ». Je viens de lire le « draft » du « trainee » et je « confess » -pardon- confesse que je ne le « feel » pas assez « impactant, je veux du « punchy » et du « crunchy » pour le « meeting » de cette après midi pendant le « call » en « webex » avec le « global »... Et de me rappeler aussi de « booker » mon vol en espérant que je n'aie pas à aller au « baggage claim » de l’aéroport d’Oulan-Bator à l’atterrissage sans risquer de me retrouver dans les lavabos des hôtesses – quoique. Oh « shit », ma journée s'annonce « overpromising »

Et de conclure: This country is screwed

vendredi 23 août 2013

Allô les folles ! John GALLIANO est de retour !


Fils de parents immigrés italien et espagnol très modestes, aujourd’hui… enfant gâté, sinon pourri, se jugeant très certainement irremplaçable, narcissique et haineux, GALLIANO personnifie à lui tout seul, l’arrogance et le mépris chronique d’une classe et d’une société - microscopiques certes mais n'empêche ! -, de parvenus aux yeux desquels l’argent et la célébrité sont les deux seuls étalons de mesure de la valeur d’un être humain quel qu’il soit.

Autant, je ne connais pas les grandeurs dans l’univers de la mode, à peine les tailles mais GALLIANO, c’est à coup sûr une pointure. Gourou chez Dior, roi (et reine, ne soyons pas sexistes) des nuits parisiennes, ce missile de la hot couture a été descendu en plein vol par lui-même ce jour de février 2011 où, pris de boisson et de narcotiques, il apostropha une dame dans un bistrot du Marais avec des propos trop ignobles pour être reproduits ici — pour le verbatim, vous avez YouTube — mais où il exprime une entière adhésion à la personne et aux solutions raciales d’un chancelier allemand bien connu.

Le dandy surdoué, surbranché, tapetto-charismatique et hautement dollarogène a eu droit au purgatoire. Deux ans et demi avant que Vanity Fair, le magazine qui arbitre les élégances de la supra-société du spectacle, lui ouvre ses colonnes! « C’est la première interview sobre que j’aie jamais donnée », annonce-t-il en ouverture de son acte de contrition. A la différence de vous et moi quand nous soufflons dans l’éthylotest des flics, ses surdoses à lui — surdoses d’artiste! — sont des circonstances atténuantes. Et le voici en double page, avec sa crinière blonde, penché sur une cascade dans une composition romantique léchée. Nul doute qu’avec une opération si étudiée, nous allons bientôt te revoir défiler.

Le cas reste emblématique. GALLIANO était l’un des grands chorégraphes du papillonnage mondial, mélangeant les races, les sexes, les cultures et les styles dans un copinage universel où « jouir » était le seul mot d’ordre. Bref, le moins suspect de racisme. Et puis, soudain, cette éructation… Certes, il était drogué. Mais les drogues, souvent, ne font qu’abolir les inhibitions. Que pensait-il réellement de ses semblables, ce petit hispano de Gibraltar soudain précipité dans le grand monde ? Mais, au fond, qui s’en fout ? Tout le monde !

Les déguisements baroques de GALLIANO m’ont donné une idée. Réhabilitons le carnaval ! Revenons aux sources de cette bacchanale où, pour un moment, tout était permis et tous étaient égaux. Coupons les réseaux, éteignons les caméras et décrétons trois jours de liberté d’expression réelle (et non cette abstraction qu’on met dans des constitutions que personne ne respecte). Et laissons chacun dire à tout le monde son fait. Clamer avec Baudelaire qu’en Belgique « il y a des femelles,  pas de femmes ». Avec Desproges que « les Grecs s’appellent aussi Hellènes : c’est dire à quel point ils sont pédés ». Avec Daudet que les députés sont des « larves parlementaires ». Traiter les gens de couleur de Nègres et les J*** de @!?##!->%. Dire que la religion d’_____ est une religion de _____. (Tiens, même mon clavier refuse d’entrer certains mots; mais vous compléterez aisément le catalogue, je vous connais !)

Au quatrième jour, le net serait rétabli, les cravates renouées, les balais réenfilés dans les culs et l’on pourrait reprendre les conversations sur le mode inauguré jadis de l’autre côté du Rideau de Fer:
« Entre nous, camarade », demande un policier est-allemand son collègue, « que penses-tu du régime ?
— La même chose que toi.
— Alors, je regrette, Camarade : je suis obligé de t’arrêter ! »

France, la grande Fraônce, est foutue!


Le con du jour: Edgar MORIN et sa Pensée Complexe (TM) (c) (r)


Un espoir est né pour la jeunesse française qui ne rêve qu’à sa retraite : la vieillesse car, si elle est pour certains un naufrage, elle peut très bien être aussi une tranche de rigolade pour ceux qui l’observent. J’en veux pour preuve les dernières productions intellectuelles déplorables d’Edgar MORIN encensées dans un élogieux article du monde, et qui feront, évidemment, un tabac chez les jeunes et les journaleux de notre presse nationale, vibrants messagers du vide intersidéral qui constitue la pensée profonde dans ce pays.

Déjà, notons que notre piposophe est en fait, fortuitement, un communiste de la première heure, sociologue, évidemment anti-clérical et plus généralement anti-monothéiste mais – bisounoursisme oblige – il apprécie le bouddhisme, la non-violence, le CNRS et la Pensée ComplexeTM.

Pensée complexe™ qu’il met immédiatement en application dès les premiers paragraphes de son édito en y donnant une définition joufflue : 
« Quand je parle de complexité, je me réfère au sens latin élémentaire du mot "complexus", "ce qui est tissé ensemble". Les constituants sont différents, mais il faut voir comme dans une tapisserie la figure d’ensemble. Le vrai problème (de réforme de pensée) c’est que nous avons trop bien appris à séparer. Il vaut mieux apprendre à relier. Relier, c’est-à-dire pas seulement établir bout à bout une connexion, mais établir une connexion qui se fasse en boucle. Du reste, dans le mot relier, il y a le "re", c’est le retour de la boucle sur elle-même. Or la boucle est autoproductive. À l’origine de la vie, il s’est créé une sorte de boucle, une sorte de machinerie naturelle qui revient sur elle-même et qui produit des éléments toujours plus divers qui vont créer un être complexe qui sera vivant. Le monde lui-même s’est autoproduit de façon très mystérieuse. La connaissance doit avoir aujourd’hui des instruments, des concepts fondamentaux qui permettront de relier. » 
Et plus loin : 
En 2010, la planète a continué sa course folle propulsée par le moteur aux trois visages mondialisation – occidentalisation – développement qu’alimentent science, technique, profit sans contrôle ni régulation. 
C’est complexe, c’est touffu, et c’est surtout alambiqué : c’est du MORIN.

Je passe sur le « profit sans contrôle ni régulation » qui fait rire tous ceux qui manipulent du code fiscal pour survivre, pour noter que notre sociologue qualifie de course folle la mondialisation, l’occidentalisation et le développement. Ceux qui ont bénéficié, dans la plupart des pays émergents, de cette mondialisation, de l’occidentalisation et du développement, apprécieront également.

En fait, partant du principe que le monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres (même si les chiffres montrent bel et bien le contraire), il arrive donc à la conclusion quele monde va de plus en plus mal et qu’il y a de plus en plus de pauvres.

Puissant ?
Non, complexe™, tout au plus.

C’est comme l’occidentalisation, qui ressemble à s’y méprendre à du Paic Vaisselle : quand y’en a plus, y’en a encore, ou y’en a moins, allez savoir : 
L’occidentalisation du monde s’est accompagnée du déclin désormais visible de l’Occident.
Eh oui : on occidentalise à tour de bras, dans une course folle, mais l’Occident décline.

Puissant ?
Non, non. Complexe™, qu’on vous dit.

Même en admettant ce déclin, pourquoi s’inquiéter vraiment ? Après tout, le déclin de l’Empire Romain aura ouvert la voie à d’autres empires, et rien, finalement, n’est éternel, pas même les Pensées Complexes™ de MORIN. En fait, ce qui enquiquine MORIN avec ce déclin est résumé quelques lourdes phrases plus loin : 
La mondialisation, loin de revigorer un humanisme planétaire, favorise au contraire le cosmopolitisme abstrait du business et les retours aux particularismes clos et aux nationalismes abstraits dans le sens où ils s’abstraient du destin collectif de l’humanité.
Si les nuits de MORIN sont peut-être enceintes, elles sont surtout très obscures, et plongées dans de gros barils de pétrole.

Mais le mieux, bien sûr, c’est le « destin collectif de l’humanité ».

Vous ne le saviez pas, je ne le savais pas non plus, mais nous avons pourtant un destin collectif. On ne voit pas trop de quoi ce destin collectif est fait, mais comme c’est dit dans une phrase ou le mot « abstrait » est tout de même présent trois fois, on sent que tout ceci n’a pas besoin d’être vraiment concret.

Le paragraphe suivant va heureusement nous apporter quelques lumières : 
Le développement n’est pas seulement une formule standard d’occidentalisation qui ignore les singularités, solidarités, savoirs et arts de vivre des civilisations traditionnelles, mais son déchaînement techno-économique provoque une dégradation de la biosphère qui menace en retour l’humanité.
 Ah bah non, finalement. C’est juste une nouvelle Pensée Complexe™  du père MORIN qui vient s’ajouter à la précédente, petite perlouse colorée enfilée sur la ficelle de chanvre indien d’un raisonnement de plus en plus, euh, complexe ! On ajoutera donc religieusement du déchaînement techno-économique (fichtre, diable, diantre) et de la dégradation de la biosphère aux bidules abstraits qui font du destin collectif pour tout le monde.

En fait, pour MORIN, tout régresse, c’est la cata. Pire que la cata : c’est la déroute, la débâcle, la grosse merde, puisque même « la personne la plus consciente de la complexité planétaire, la plus consciente de tous les périls que court l’humanité » est partie en sucette grave de chez grave. De qui parle MORIN ? Du Dalaï-Lama ? De Lady Gaga ? Non. De Barack Obama.

Car en effet, en plus d’être un gentil bisounours qui balance de la Pensée Complexe™ comme d’autre du ketchup sur leur hamburger, qui aime le communisme, le CNRS et la sociologie à la fraônçaise, Edgar aime Barack. Voilà qui est foutrement original, non ?

Je passe sur les derniers paragraphes où le patriarche en roue libre nous ressort ses médailles poussiéreuses et les photos sépias d’une époque révolue depuis plusieurs générations pour nous montrer que si on va joyeusement vers les Zeures Les Plus Sombres de Notre Futur, l’espoir n’est pas totalement perdu (ouf !).

Terminant avec brio par une citation de biscuit chinois servi dans les restaurants de Belleville (« Le probable n’est pas certain et souvent c’est l’inattendu qui advient. ») et un proverbe turc sur des nuits enceintes, Edgar nous aura donc livré une soupe de petits légumes fades, en vrac, dont on comprend qu’elle ne peut qu’enthousiasmer ceux qui confondent régulièrement profond et obscur, complexe et compliqué voire foutraque.

En fait, il manipule, comme bien souvent les « penseurs » en France, des termes qu’il maîtrise peu ou pas et camoufle ses platitudes cosmiques dans des tournures entortillées et des mots à rallonge.

C’est un peu comme si, à l’hospice où on l’avait soigneusement rangé et duquel on n’aurait jamais dû le sortir, notre Edgar avait aligné Capitamimse en mot compte triple sans se rendre compte que ça ne s’orthographie pas du tout comme ça. Et toute la presse de s’empresser d’ajouter les points au compteur du papy, sans voir que la moitié des mots du Scrabble qu’il nous propose sont inconnus au bataillon ou même pas reliées entre eux.

Encore une fois, de tels Key Opinion Leaders flottent en orbite à des parsecs de la réalité de tous les jours. Le savoir abreuver des bataillons entiers d’étudiants boutonneux avec sa foutue Pensée Complexe™, me fait encore une fois atterrir sur la même conclusion que celle de mon post de hier : Ce pays est foutu.

jeudi 22 août 2013

Tu veux faire la fête à Paris? eh bien pète un clown


 
La crotte chaude, ça fouette. Jugez plutôt : dans le cadre de ses état généraux de la nuit (oui oui, ça existe, vos impôts payent ce truc, tout va bien, respirez), la ville de Paris a rassemblé avec des professionnels de la nuit des gens pertinents comme des sociologues pour comprendre pourquoi diable c’est-y-donc que les folles nuits parisiennes on s’y endort de plus en plus ? Et quand je dis pertinent, je pèse mes mots :
La psychosociologue Catherine Espinasse, spécialiste des mobilités nocturnes, le philosophe Sébastien Marot, le président de SOS Racisme Dominique Sopo, le médecin urgentiste Patrick Pelloux qui évoquera les conditions de vie des travailleurs de nuit, participeront aux ateliers, ainsi que Bruno Blanckaert, président de la Chambre syndicale des cabarets et discothèques.
Une psychosociologue spécialiste des mobilités noctures. Un philosophe !
Un censeur officiel d’une association antiraciste ! Les mots me manquent pour décrire la violence de la pertinence de la question !

En tout cas, la question de la baisse de branchitude de Paris taraude l’homo festivus qui ne sommeille absolument pas chez Bertrand Delanoë, et qui voit surtout que si Paris est moins attractive pour les grosses fêtes, c’est des revenus en moins pour sa mairie. 

Une baisse de budget ! Saperlotte ! Il faut agir, vite ! Une loi, un décret, un arrêté municipal, n’importe quoi, je ne sais pas, … une armée de clowns, mettons, n’importe quoi vous dis-je, allez-y, lancez des idées !

… Bon. Ce sera l’armée de clowns.
Autre dispositif annoncé par Bertrand Delanoë, qui sera testé à partir du printemps : le recours à des mimes et des clowns pour exhorter les fêtards à baisser d’un ton aux abords des établissements de nuit.
Je suppose qu’il s’agira de Clowns Officiellement Diplômés, comme le permet l'EdNat depuis quelques temps (Non, l'école nationale de Clownerie n'est pas une antenne spéciale de l'ENA, mais bel et bien disponible à l'Université Lumière Lyon II: faire le clown c'est aussi un métier, selon le ministère, et ce depuis le 17 mars 2007...).

Cette cataracte de conneries coûteuses donne un peu le tournis ; à ce point, je me dois de résumer un peu : le lobby des gens de quartiers (qui veulent dormir) et le lobby des professionnels de la nuit (qui ne veulent pas dormir) se retrouvent avec une brochette de pignoufs (qui digèrent bien vos subventions, merci) à la Mairie de Paris pour obtenir une solution totalement hallucinante à un problème qui ne relève en rien des compétences des uns et des autres. Nous sommes bien en France. J'en doutais.

Que le problème soit plutôt le manque de thunes des gens pour sortir, le manque de taxis à cause de numerus clausus stupides ou de prix inabordables, le manque de transports en commun passé une certaine heure dans la nuit, et, bien sûr, l’insécurité qui règne dans les rues et ces transports en commun ne semble même pas effleurer l’esprit de ces gens qui proposent donc de balancer du mime et du clown à la face des fêtards.

Cela promet lorsque Björn (le prénom a été modifié pour des raisons de confidentialité), en pleine soirée festive, citoyenne et barbecue d’une voiture quelconque, va se faire mimer la tête qu’il faut la jouer pianissimo : « Zyva un clown ! On va lui niquer sa mère ! » Les nuits parisiennes ne seront plus jamais les mêmes. Tu veux faire la fête à Paris ? Toi aussi, pète un clown !

Et d'en arriver toujours à la même indécente conclusion: Ce pays est foutu!

mercredi 21 août 2013

Phylogénie de la "race" française



De fil en aiguille, on finit alors par se rendre compte que de grands standards émergent dans les caractères des gens qui fournissent matière à réflexion. Ne reculant devant rien, j’ai tenté l’analyse de l’analyse, la métanalyse en quelque sorte, pour dégager une petite typologie de la taxinomie du citoyen …
La métanalyse aura donc porté sur les différents énergumènes qui se dégagent de l’actualité passée au prisme d’un libéral capitaliste que je suis en haut de forme et mangeur de petits enfants.
Quelques grands classiques tout d’abord reviennent de façon régulière, portés tant par l’actualité que par leur omniprésence dans les schémas de comportements de notre société ; se positionne ainsi en bonne place le Gréviculteur, qu’il soit un petit artisan travaillant la masse salariale au corps à corps dans de multiples entreprises, niché au creux de petits C.E. d’entreprises nationalisées, ou industriel de la grève d’ampleur, multirémunéré par un ou des syndicats pour organiser des merguez-parties géantes sur les plus belles avenues de Fraônce.
La tendance du moment est, assez extraordinairement, à la disparition progressive de cette espèce animale assez basique qui s’excite à chaque retournement de tendance et qui, il faut bien le dire, représentait une anomalie notoire dans le règne animal tant son adaptation à l’environnement était simpliste : là où l’évolution darwinienne aura placé l’adaptabilité en parangon, le Gréviculteur se fait fort de ne pas être adaptable, en rien, envers et contre tout. Mais la sélection naturelle est impitoyable et le monde qui change sans cesse ne peut se satisfaire des ancrages puissants que représentent ces fiers thuriféraires de l’akissocial. Un beau matin, pouf, ça finit par passer, casser, lasser. J’accorderai cependant qu’avant d’en arriver là, et comme la diphtérie, la variole ou le choléra, ils nous auront bien pété les glawis.
Evacuons bien vite cette triste phalanstère pour se rapprocher de la branche suivante de ma taxinomie, beaucoup plus lumineuse, brillante même, comme le sont les strass et les paillettes. A l’instar des cotillons dont le côté festif n’arrive pas à occulter l’aspect superficiel, le Bobo Caramélisé se caractérise par une envie chevillée au corps de faire le bien autour de lui, surtout si cela représente un effort important de la part de cet « autour », tout en conservant pour lui des habitudes parfaitement en opposition avec les valeurs qu’il prône. Ainsi, le Bobo Caramélisé se fait fort d’adorer tendrement le Vélib et les transports collectifs, juché dans un 4×4 flambant neuf. Il sera toujours bruyamment pour une écologie citoyenne, même et surtout si cela entraîne des catastrophes humanitaires loin de lui. Alertés de ces catastrophes, il s’empressera alors d’envoyer un petit chèque, étalon-papier de sa bonne conscience et contre-marque (opposable fiscalement) d’une action concrête pour aider les gens dans la merde au bout du monde.
Le Bobo Caramélisé, c’est à la fois le clown triste des soirées télévisées, toujours entre deux cures de désintox, pleurnichant le monde et ses malheurs sur un piano moyennant quelques millions ; c’est à la fois l’aventurier chevelu des contrées bio et terriblement fashion qui réclame des éoliennes, des voitures à pédale, et des taxes sur tout ce qui respire ; c’est aussi l’artiste-sportif engagé qui répète comme des mantras puissants des poncifs éculés aux fondements absurdes et utilise son aura de rigolo à la décontraction millionnaire pour faire croire que Tous Ensemble, On Peut Y Arriver…
Entendons nous bien : ces deux précédentes catégories, finalement, sont assez réservées. De même qu’on ne s’improvise pas merguez-teuffeur, on ne peut prétendre fustiger du prolo pas assez bio du haut de son Touareg pas bio du tout qu’à partir d’une certaine position sociale, qu’on aura obtenu à force de petits coups de coudes furtifs et bien placés dans les côtes de ses coréligionnaires dont on écrasera autant que faire se peut les arpions dès qu’on le pourra.
Les catégories suivantes sont, on va le voir, beaucoup moins « select » : quasiment, le tout venant peut en faire partie. Il suffit de se débarasser de toute capacité de réflexion, ou du moins d’orienter celle-ci vers le chemin de moindre résistance, ce profond sillon confortable, tracé par tous ceux qui se sont succédés avant dans les traces larges de la sociale-démocrassie.
Loin devant toutes les autres classes par son ampleur numérique ressort évidemment le Fluffy qui, je vous le rappelle, est un animal doux au toucher, issu de la culture socialo-hydroponique (et n’a donc jamais eu les pieds sur terre), croustillant d’incohérence, trempé dans du caramel de Bonssantiman et recouvert d’une onctueuse nappe de chocolat moraliné. On trouve de multiples parfums dans cette vaste classe, et ce petit billet sera l’occasion d’évoquer rapidement le Poncho , qui est à l’étudiant ce que la larve est à la chenille de papillon : un ver d’adulte, pas fini et jamais sûr de l’être un jour.
Le Poncho est, comme son nom l’indique, utilisateur des pièces d’étoffes colorées aux histoires bigarrées de Cordillère, aux cheveux longs, généralement recouverts d’un petit bonnet lui aussi chargé d’un passé plus coloré que péruvien, et toujours prêt à dégainer quelque splif mal fichu mieux approvisionné en pneu qu’en chanvre. Sur le plan social, il se caractérise par une adhésion sans faille à toutes les thèses romantiques, dont celles qui veulent que le Che fut sympa, Fidel débonnaire et Allende efficace. Pour les Ponchos, le socialisme est une doctrine merveilleuse (pas autant que le communisme, mais presque) honteusement dévoyée par des dictateurs parce qu’en réalité, le collectivisme, c’est trop de la balle, man.
Le Poncho est aussi cet « étudiant » (importance des guillemets) qu’on va toujours retrouver dans les « Assemblées Générales » (importance des guillemets) lors de « grèves » (importance …) étudiantes « démocratiques » (…) et blocages d’amphis visant à organiser une « Université En Lutte ». Le Poncho, porte-voix à la main, scandera dans les amphis des slogans rigoureusement marxistes voire fascistes (sans le savoir), fera usage de la force pour empêcher toute voix dissidente de prendre la parole.
C’est le même qui décrètera qu’une poignée de pouilleux, auto-déclarée Assemblée et Générale, dans une salle barricadée agitant le bras bien haut (comme jadis de tristes soldats sous de sinistres symboles) pour soi-disant voter, fait acte démocratique d’expression populaire et peut, dès lors, ruiner l’année de travail de leurs condisciples qui, non ponchotisés, ont autre chose à faire que le guignol en « Histoire de l’Art ».
Cette taxinomie rapide (qui ne sera jamais réellement complète) serait par trop boiteuse sans les deux derniers ajouts que constituent le Folliculaire Ednatisé et le Politicus Consensuelens.
Le premier, on l’aura deviné, se retrouve facilement dans les journaux, télévisés, radiophoniques ou sur papier, et au-delà de ses dons de copistes naturel en feed AFP, il se caractérise par une faible valeur ajoutée dans l’analyse au paragraphe carré. Ainsi, une nouvelle AFP fournissant déjà à la fois l’information et l’axe de réflexion qu’on peut lui associer, le Folliculaire Ednatisé se contentera de la recopier consciencieusement en y ajoutant ici une virgule, là un petit point d’exclamation, et, parfois, une tournure bizarre ou une faute d’orthographe, seule réelle marque personnelle d’un travail douillettement mené au chaud d’une rédaction sans agitation.
Quant au second, sans même évoquer les innombrables variantes possibles, on se contentera de rappeler que l’espèce borloouille et la gringolisée sont les plus fréquentes, au plus grand désarroi du libéral conscient. Le borloouille moyen est un activiste de la bêtise sous-informée, gobeur invétéré de petits-fours cérémoniel, dont les agitations médiatiques se traduisent systématiquement par des remugles vasouillards d’idées nauséabondes suffisamment étalées pour n’en point sentir le fumet désagréable. Le Politicus Consensuelens gringolisé est ce falot tatillon qui saura passer le temps qu’il faut en cirage de pompes et en léchages de fondements pour obtenir, éventuellement par le truchement d’un lobbying un peu gras, une petite loi de derrière les fagots aboutissant immanquablement à léser à court terme le citoyen dont il a la charge, et, plus niaisement et à plus long terme, les lobbys qui lui ont graissé les pattes ; notre ex-ministre de la Culture, Donnedieu d’El Gringo en fut l’illustre représentant, mais force est de constater qu’avec des Filippetti, le vivier animal n’est pas prêt de s’épuiser.
Pour le libéral moyen, cette taxinomie a une utilité en ce qu’elle permet de dégager quelques grandes constantes : c’est que la plupart de ceux qui votent pour l’esclavagisme mental ou physique du collectivisme le font pour :
  • leur bonne conscience, partant du principe foireux qu’ »un autre monde est possible », et que bisounoursland l’est pour tous: on va partager équitablement-youpi : ils en sont assez symptomatiquement restés à la dichotomie naïve Droite = Patrons = Exploiteurs d’un côté et Gauche = Ouvriers = Exploités de l’autre. Ceux-là vivent dans un monde irréel fait de contrastes violents. Généralement, avec ceux-là, la discussion est impossible. Ils n’ont pas le recul nécessaire. La maturité, le recul, l’intelligence : ils ne sont pas équipés pour.
  • leur intérêt bien compris : ils sont dans la partie qui tire directement bénéfice de l’état ; parasites syndicalistes, cette petite partie des fonctionnaires qui sont glandeurs, hommes et femmes politiques (à peu près tous), et hommes de l’appareil, élus ou non, qui bénéficient du système en toute connaissance de cause, et en connaissent exactement les limites et les effets néfastes. Ceux-là sont totalement hypocrites et/ou cyniques. Les hypocrites présentent une face « On sert tout le monde » et se servent en premier ; quant aux cyniques, ils savent qu’ils font tourner le Léviathan, savent que c’est maâââal, mais se disent que s’ils ne le font pas, d’autres le feront à leur place, et continuent donc à voter à gauche par logique de groupe. Ces derniers sont surtout opportunistes, et – donc – logiques.
  • un idéalisme indécrottable : ils croient à ce qu’ils racontent (!) et veulent effectivement la révolution. On les retrouve dans les extrêmes. Mais ils ne comprennent absolument rien à la nature humaine ou à l’économie (bien que s’y plongeant parfois comme les enfants dans le petit bassin, avec des petites bouées Mickey à chaque bras, mal gonflées) et en font une lecture absurde.
C’est parfois dans ce dernier groupe qu’on peut en convertir au libéralisme, tant que ce mot n’est pas prononcé. Ceux-là, incroyablement, veulent effectivement la liberté de se déplacer (plus de frontières), la liberté de commercer, etc… Ils ne comprennent pas les conséquences que ces libertés entraînent sur la taille de l’état, sur les limites que le citoyen (pas forcément festif) est en droit de lui imposer… Parfois, une explication leur permet de déciller, d’ouvrir les yeux sur un monde qu’ils ne soupçonnaient pas.
Mais ceux-là constituent – malheureusement – une minorité.

Paris XII - 21-août-2013