jeudi 23 janvier 2014

Revue politique de début d'année


Mes aïeux quelles semaines de reprise! La quenelle s’est invitée sur toutes les tables de France et de Navarre et la morue est restée au frigo alors que la gallinette frivole se payait une jolie tranche de scooter… Ça valait le coup d’attendre, non?

A quenelle, quenelle et demi… Les 2 dernières semaines ont été marquées par la quenelle qu’on a servie aux français à tous les repas, et à toutes les sauces. Au mépris total du droit d’ailleurs. Ce n’est pas le fond du discours du MBALA MBALA que je défends: je ne connais pas ses sketches et s’ils sont condamnables par la loi, il doivent l’être. Mais ce qui est pour le moins surprenant dans cette histoire, pour le moins, c’est d’abord comment ce monsieur et ses supposés spectacles sont devenus le problème N°1 de la France ces dernières semaines. Comme si le chômage avait disparu, comme si tout allait enfin bien dans notre pays, comme si c’était le combat des combats pour toute la clique qui nous gouverne. Et la presse, qui vit tellement bien de ses subventions et de sa bien-pensance, est allée à la soupe pour servir les intérêts d’un VALLS malin comme un singe (!!) et du culbuto qui est prêt à tout pour se (re)faire un semblant d’autorité.

Conseil d’Etat… PS ! Surtout, c’est l’avis du conseil d’état qui a été rendu en 2h la semaine dernière, à la demande du ministre, pour annuler une décision du tribunal des référés de Nantes autorisant finalement son spectacle. Jamais le Conseil d’Etat avait été saisi si vite, et surtout avait rendu un avis si vite… subordonnant donc sa décision au politique, contrairement à ce que tous les experts en droit évoquaient alors à longueurs d’antennes. On a donc interdit une manifestation alors qu’aucun trouble à l’ordre publique pouvait être invoqué à priori et surtout sans savoir si des propos condamnables allaient être tenus dans ce spectacle, évidemment, puisqu’on était en totale anticipation! Minority Report, en fait : dans cette super production US, il s’agissait d’arrêter des criminels avant qu’ils le deviennent… Mais si le crime n’est pas commis, sont-ils des criminels?

Police d’anticipation de faute morale! Le conseil d’état s’est abrité derrière «l’atteinte à la dignité de la personne humaine»… Pfiou ! Comme le souligne Jack LANG, socialiste et néanmoins spécialiste de ces questions, cette notion est boiteuse puisque se mêlent des considérations philosophiques et morales. Or le droit n’est pas là pour vérifier les faits en regard d’une morale quelconque. LANG toujours considère plus loin que le principe constitutionnel de dignité ne regarde en rien la police administrative dont le Conseil d’Etat est la plus haute juridiction. Sa protection relève du juge judiciaire, du législateur et éventuellement du Conseil constitutionnel. Enfin, cette décision marque un renversement de la jurisprudence: 
«Une profonde régression qui tend à instaurer une sorte de régime préventif, voire de censure morale préalable à la liberté d’expression».
ajoute-t-il dans son interview. D’ailleurs la preuve de cette porte ouverte à tous les fantasmes n’a pas tardé à se vérifier. La sublime Najat nous en a apporté la preuve dès lundi: 
«La jurisprudence DIEUDONNE a vocation à concerner des rassemblements politiques si des propos insultants pouvant être tenus». 
Nous y sommes : Je vous suspecte de vouloir insulter Mr X ou Mme Y dans votre réunion de ce soir, donc je l’interdis… 1984, on est en plein dedans les amis… Ou en Corée du Nord, chacun ses références !

Totalitaire un jour, totalitaire toujours. En matière de fonds de tiroirs, nos amis aux affaires sont des pointus. Après avoir passé 20 mois à faire les poches des ménages comme des entreprises, ils en sont à aller chercher absolument partout quelques sous planqués sous les matelas. Quitte d’ailleurs à oublier les principes d’un état de droit. En effet, cette semaine c’est le député PS Yann GALUT qui a sommé Johnny HALLYDAY de prouver qu’il n’est pas un évadé fiscal. Rien que ça. Sauf que, cher monsieur le député, dans un état de droit, ce n’est pas au citoyen de prouver son innocence, c’est au ministère public de prouver la culpabilité dudit citoyen. C’est une toute petite nuance mais qui a son importance puisqu’elle différencie, dans le fond, un état de droit avec un régime totalitaire. Ca s’appelle le renversement de la preuve. Il faut savoir que ce monsieur, élu de la république, base sa vindicte sur un reportage sur les HALLYDAY qui, a priori, passe relativement peu de temps dans son chalet de Gstaad, leur résidence fiscale. Donc c’est attaquable, selon le bon Yann. Mais mon gars, puisque tu regrettes les bonnes vieilles méthodes de POL POT, ce bon vieux cambodgien qui a massacré la moitié de la population de son pays au prétexte qu’il «valait mieux tuer un innocent que de laisser vivre un coupable», pourquoi ne t’exilerais-tu pas en Corée du Nord par exemple? Tu serais plus à l’aise idéologiquement et tu ne ferais plus de mal à notre démocratie…


Promesse tenue. Ils n’ont pas de limite. AUDIARD disait qu’ils osaient tout, et que c’était même à ça qu’on les reconnaissait. Cette semaine, c’est HAMON qui s’est illustré dans le JDD par une pirouette dont eux seuls ont le secret. Pour ce bon Benoit, qui pestait hier encore sur le libéralisme et qui ouvre aujourd’hui le marché de la distribution de verres et lunettes à la concurrence du net pour faire baisser les prix, ce bon Benoit donc a pris sa plume dans le JDD pour dire que la courbe du chômage a bien été inversée par le gouvernement. Le seul problème, selon lui, c’est que cela ne se voit pas encore! En fait, il est là leur problème: la croissance est de 5% par an, les déficits fondent comme neige au soleil, le chômage serait à 2% maximum de la population active… mais ces cons de français ne le voient pas! Merci Ben, il ne manquait que toi pour nous expliquer la vie en Hollandie!

Les chocs en Tocs! Il faut compter: depuis 18 mois, il y a eu 9 pactes, 7 chocs… Et on coule! D’ailleurs les audiences sont là pour nous dire que plus personne n’y croit à ses chocs! Et tout se passe comme si la communication était l’alpha et l’omega de l’action publique: on cherche la formule et on laisse faire n’importe quoi!

Logements et la loi DUFLOT: tout le monde dit que les décisions tellement nocives pour l’industrie du bâtiment et le marché de l’habitation que l’engagement a été pris auprès des acteurs que les décrets d’application ne seront jamais publiés!!!! Dévaluation totale de la parole politique! C’est pour faire que les verts restent au gouvernement: instrumentalisation de la loi pour servir les petits intérêts politiciens de la clique et du claque qui nous gouverne!

Pendant ce temps, « la pêche aux moules, moules, moules… » continue. HIDALGO ne sait pas où chercher des voix. Elle est allée en chercher quelques unes dans les culottes des femen. Sur twitter, la 1° Dauphine y est allée de son compliment pourri: 
«Je trouve les Femen émouvantes : j’ai de la bienveillance pour elles».
Emouvantes quand elles urinent sur le portrait du président, démocratiquement élu, ukrainien? Émouvantes quand elles miment un avortement, à moitié à poil, devant l’Autel de l’Eglise de la Madeleine? Pas bégueule, la chef de file du mouvement Inna SHEVCHENKO qui vient par ailleurs de recevoir son passeport français, s’est empressée sur Twitter: 
«HIDALGO supports Femen ! Femen supports HIDALGO»!
Voilà un soutien clair et net. Espérons que les parisiens sauront s’en souvenir… Bon, depuis la 1° Dauphine a pris ses distances… en déplorant «des méthodes contestables»… Alors, chère Anne, on flippe?

Souvenirs souvenirs… Mars 2008: 
«Et il y a le rapport à lui-même. Le sarkozysme n’est pas une doctrine, c’est un narcissisme. Un narcissisme compassionnel parce que le pire, c’est qu’il se plaint. Il nous parle de lui à satiété et ce que je demande aujourd’hui, c’est le droit de ne pas savoir. Mais, même quand on parle de lui, et qu’il a fait tout pour cela, il finit par s’en plaindre. Ce Président «m’as-tu vu» nous installe tous, citoyens, responsables publics, journalistes, en voyeurs. Nous ne voulons pas voir, nous voulons connaître les résultats».
C’était François Hollande, en 2008, alors 1° secrétaire du PS. Mais c’était avant…
Rupture… L’Elysée nous a précisé dès vendredi que la situation du couple «serait clarifiée» avant la conférence de presse de mardi. Heureusement avait-on envie de penser. Sauf qu’il n’en a pas été. Enfin pas tout à fait. Puisque si la rupture est bien annoncée, car ne soyons pas idiots c’est bien de cela dont il s’agit, entre Pépère et la 1° belle-doche de France, ce ne sont pas les services de l’Elysée qui s’en sont chargés. C’est Ségo herself! La madone qui, surprise du calendrier, était vendredi sur France 2! Interrogée, elle, le femme bafouée (enfin la première chronologiquement…) par le même petit gros à scooter… Et qu’a-t-elle déclaré? «il faut tourner la page maintenant»… Comme j’ai fait Ségo 2° langue, je vous le traduis: «François, dégage ta connasse et fous-moi au gouvernement…» Décidément, FEYDEAU doit bien se marrer…

La valoche n’a pas encore fait ses valoches… Il se murmure que Valé fait de la résistance. On la comprend, on devine la place relativement confortable… Et après tout, s’il faut de temps en temps se faire grimper dessus par le culbuto, le prix reste somme toute acceptable eu égard à la position: la richesse, un cabinet à sa botte, les représentations officielles, un rôle de fait, des égards et une certaine influence… On comprend qu’elle ne va pas lâcher trop vite, bobone… D’ailleurs, Paris bruisse que la mégère ferait quelque chantage affectif et que son coup de moins bien qui l’a amené directement dans une clinique parisienne le weekend dernier en serait une forme d’illustration. Ce sont des sources élyséennes qui racontent qu’elle serait prête à tout pour tenir jusqu’au voyage officiel de la Hollandie à Washington en février prochain… En tout cas, ne nous trompons pas: c’est son cabinet à elle qui a sorti l’info de l’hospitalisation… Donc elle parle encore… Ce serait drôle que Thomas HOLLANDE défende Valoche dans une procédure de licenciement abusif envers l’Elysée… Ils sont capables de tout…

87%: comme un symbole, une étude CEVIPOF est sortie lundi dernier. Il s’agit d’un baromètre donc une mesure dans le temps, une comparaison d’une période par rapport à une autre. Et bien pour 87% des français, les politiques ne se préoccupent pas d’eux. «Nous atteignons des niveaux vertigineux que nous n’avons jamais connus», constate le directeur du CEVIPOF. Plus loin, il souligne que «60% des Français considèrent que leur situation financière va se dégrader dans les prochains mois, 65% pensent que la situation du pays va se dégrader et 69 % considèrent que les entreprises françaises ne sont pas compétitives…» Et pendant ce temps, Zizi rider rejoint une starlette en scooter…

La 2° première dame. Ces derniers jours sont enfin apparues au grand jour les frasques sexuelles clandestines de pépère. Et qui dureraient depuis 2 ans, d’après les mieux informés du landerneau… Alors on allume tous les contre feux, on nous explique que c’est un problème de «statut de la première dame qui faut revoir»… Comme si les mensonges du culbuto impactait le statut publique de sa concubine officielle qu’il a lui même installée là où elle est… On s’est ensuite horrifié du non-respect de la vie privée du bonhomme sans jamais s’étrangler du fait qu’il passait vraisemblablement du temps à batifoler avec sa troubadour alors qu’il demande toujours plus d’efforts aux français… C’est au-delà du honteux, au delà du supportable. Et pendant ce temps, mémère lui met la pression en se faisant interner pour une durée indéterminée à la Pitié, tout un symbole…

Nom: GAYET. Prénom: Julie. Aurélie FILIPPETTI retrouve cette semaine les feux de la rampe. Pour revenir à la place qu’elle n’aurait jamais du quitter, ma chère chérie a tout fait ses dernières semaines pour revenir en grâce! Et quelle réussite, ma chérie! Quel talent! Quel retour flamboyant! Jugez plutôt: elle s’est d’abord félicitée du rachat du Nouvel Obs par la bande du Monde, puisque c’est un «trio qui a fait ses preuves». Il ne s’agit certainement de preuves «économiques» dont elle parle vu l’état dans lequel est plongé le fameux quotidien du soir (licenciements en pagaille, économies, plan social…) Non elle doit vraisemblablement parler des «preuves idéologiques» tant il est vrai que le journal est prêt à tout pour défendre FLAMBY et ses pieds nickelés… Ensuite, elle a osé la flagornerie envers la fraise des bois en nommant, par décret, la 1° maîtresse de la république, Julie G. au très prestigieux jury (4 personnes) de la Villa Médicis à Rome. Ben voyons! C’est vrai qu’elle a fait ses preuves «artistiques», la Julie: elle a fait une apparition remarquée et saluée par la critique dans le clip de campagne de pépère!… Elle est tellement contre les socialistes, qu’elle a finit dans le lit de l’ex-premier secrétaire. Une carrière de starlette de seconde zone qui risque fort bien de finir dans la fange de la culture d’état hollandiste… Julie, un conseil, refais ton CV puisque dès mercredi et cette révélation dans le Canard Enchaîne, Aurélie t’a radié du jury… Oups!

A part ça, Valls a été apostrophé par un habitant du quartier cette semaine lors d’une visite à Aulnay: «la France a d’autres problèmes que celui des quenelles. On vous a élu pour de l’emploi…» No comment.

A part ça, l’UNEDIC table sur une augmentation de 64000 chômeurs en 2014… Tu parles d’une inversion de courbe!

A part ça, les pauvres journalistes ne peuvent pas être partout : retenus à l’Elysée mardi, ils ont raté l’info: SARKOZY a été totalement mis hors de cause dans « l’affaire » KARACHI. Décidément, sale semaine pour Pépère…

A part ça, les chiffres continuent de donner leur triste litanie: le déficit a dérapé, de près de 3 milliards. Alors même qu’on a levé plus de 35 milliards en moins de 2 ans! Tout va bien… A part ça, rien!

Pour cette nouvelle année, quelque chose me dit qu’on va bien se marrer. Ou pas.

mardi 21 janvier 2014

Le Président des Bisous


Certes, le Président fait rire.

Par des gags un peu patauds (la conquête de la Syrie, la flamme déclarée à la coquette Léonarda, le dépeçage du Mbala mbala, le périlleux entassement de concubines en un château de cartes sentimental, etc...), il amuse les badauds agglutinés devant des écrans de toutes tailles, mais derrière cette façade bouffone agit un idéologue bien décidé à transformer ce qui est en ce qui doit être.

Ce qui doît être, c'est la soumission absolue de tous et toutes à la déesse Egalité (avec cependant l'octroi d'une légère supériorité à certaines catégories de population), ce qui exige un vaste dépoussiérage de textes normatifs, dépoussiérage dont la dernière victime est le père de famille.

Ce malfaiteur, pourtant en voie d'extermination, est encore tapi en certains codes et autres formules juridiques – c'est en bon père de famille qu'un locataire s'engage à occuper un logement, c'est également en bon père de famille qu'un tuteur ou un administrateur promet de gérer les biens à lui confiés--, mais ce père de famille (pater familias...), c'est le mâle, donc, le mal –dégage ! (Pour la famille, c'est déjà accompli).

Et où l'envoie-t-on, ce reliquat des temps obscurs? A la cuisine, ou à langer la marmaille, car les hommes (ou ce qui en tient encore vaguement lieu) sont désormais légalement incités, et demain obligés..., à prendre de longs congés de paternité, pour que la mère puisse vaquer joyeusement à des travaux de mécanique ou de terrassement.

Deux corps ne pouvant occuper le même lieu, pour que s'épanouisse la nouvelle société, il est nécessaire de détruire les dernières ruines de l'ancienne société, qui n'est  pourtant que l'ombre effilochée d'une civilisation disparue.

Pour atteindre ce but, le Président dispose de la totalité des pouvoirs jamais établis, le pouvoir exécutif et le législatif (pouvoir national, régional, départemental, municipal...), de l'obéissance et de la complicité des juges (malgré de rarissimes exceptions), de la servilité de la quasi-totalité des médias, de l'enthousiasme destructeur du corps enseignant (avec de rarissimes exceptions...), il ordonne, il sait qu'il sera obéi, que ses diktats, partout loués, entreront en vigueur, et que les rares rebelles seront châtiés, tandis que les jeunes esprits seront soumis, par l'école, la télévision, le cinéma et, pour quelques lecteurs, par les best-sellers primés, à une propagande que n'atténue nulle dissidence réellement audible.

Il y a une difficulté.

Ce passé inégalitaire qu'il faut abolir a existé depuis l'aube de l'humanité jusque vers les années 1980 (en Occident, car il est, dans le reste du monde, le présent), il en subsiste des traces, et ces traces –livres imprimés, peintures, sculptures... représentent une masse plus vaste que les modernes productions en ces domaines.

Il est possible, pour les œuvres figuratives, de les commenter en en truquant le sens, demeure le risque qu'un spectateur voit ce qui est représenté et en comprenne le sens, découvre que certaines scènes impliquent, horreur!, une hiérarchie, il faudra donc penser à les enfouir, ces toiles impies montrant, par exemple, le couronnement d'un roi, dans les insondables réserves des musées.

Quant aux livres, même s' il est aisé de les interdire, ou de les rééditer en les aménageant (cf. ... l'actualité), il en existe, hélas, des dizaines et des dizaines de millions qui, tous, romans, histoire, théâtre, corpus juridiques, traités théologiques..., demeurent physiquement, et montrent un temps où les humains n'étaient pas égaux.

Leur destruction serait une lourde tâche (et il faudrait aussi aller brûler chez l'étranger, jeter au bûcher le Mahabharata ou les Annales chinoises...), aussi a-t-il été trouvé une astuce bien simple : que se perde la faculté de savoir lire (sauf, à la rigueur, des onomatopées touittées). A cela s'emploie l'école –elle y réussit fort bien.

Regardez sourire le Président, ce ne sont pas de ses blagues qu'il se réjouit, mais du succès de son œuvre de mort.

mercredi 15 janvier 2014

Le virage vintage et le slip du Président

Satisfait de toujours disposer d'un scooter avec chauffeur pour, lorsque le rut le prend, parcourir les trente mètres séparant son palais du nid d'amour où l'attend l'élue de son slip, le Président entreprit de convoquer ses fidèles et pensionnés gens de médias afin de leur tenir un discours.
Cela m'a toujours ravi, dans les films historiques chinois ou coréens, le spectacle de l'Empereur siégeant sur son trône face à une sorte de houle, assez calme, formée par les dos des dignitaires prosternés à plat ventre puis, sur un signe de leur maître, s'éloignant à reculons en une lente reptation.
N'ayant eu le temps d'allumer la télé, je n'ai pas vu cette audience présidentielle, et ne sais quelle posture physique adoptèrent les courtisans de presse, mais reculer à plat ventre sans heurter des voisins occupés du même mouvement délicat, ni se renverser comme une tortue, est un exercice subtil, qui demande un long entraînement ainsi que la maîtrise du kug fu et peut-être les fiers investigateurs en furent-ils dispensés.
Donc, je n'ai pas vu l'affaire, ni entendue, ni même n'en ai lu un récit détaillé, mais j'en ai (merci smartphone!) survolé la substantifique moelle.
Il en ressort que le Président a pris un virage ce que certains commentateurs approuvent, avec des réserves, tandis que d'autres désapprouvent, avec des nuances. Ce virage est, si j'ose dire, fait de promesses.
Longtemps persuadé, selon l'exemple du Gouvernemaman, que pour créer des emplois, il suffit de le décider, le Président aurait dernièrement ouï que, pour qui ne dispose pas des revenus de l'impôt, la création d'emplois a quelque rapport avec d'obscures affaires de rentabilité et ainsi muni d'une teinture du savoir possédé par le plus humble entrepreneur, le Président a annoncé, sans le formuler aussi crûment, qu'il allait diminuer le coût du travail salarié.
Pour ce faire, il y aura un allègement de la part des salaires absorbée par divers impôts (ce que les farceurs nomment "cotisations patronales") allègement octroyé (dans un avenir incertain) grâce à divers marchandages dont l'obscure complexité réjouit déjà les plantureux services juridiques et financiers de ces grosses entreprises dont les dirigeants, le plus souvent fonctionnaires issus de cabinets ministériels, partagent leur temps entre réunions de concertation (avec petits-fours) et chasse aux décorations.
Afin de financer l'hypothétique allègement, chiffré par un astrologue ami à un certain nombre de milliards, le Président a ensuite promis de diminuer ses dépenses, et fort logiquement promis (cette promesse, elle, sera tenue) de dépenser pour créer un Comité et un Observatoire chargés de veiller sur des orientations et surveiller des stratégies (ou vice-versa, est également passé dans le discours présidentiel un axe anglicisme?— qui demandera des gardiens).
Ces comité et observatoire s'ajouteront aux centaines de comités et observatoires existant déjà, et n'oublions pas les Hautes-Autorités, où l'Etat enfourne de somnolentes crapules et des imbéciles décatis, maîtresses hors d'usage, amants flasques, ennemis domestiqués ou complices dans le besoin, que les laquais de médias nomment sages pour faire rire les petits enfants.
Oui, le Président a pris un virage.
A 360°.
Ce pays est foutu.

La France des années 30


Cinq ans après le krach de Wall Street, l'économie française n'est toujours pas repartie. Incapable de dévaluer sa monnaie, ou de remettre en cause les avantages acquis des uns et des autres, en particulier la génération des retraités et pensionnés, qui a déjà subi de lourds sacrifices pour le bien du pays, le gouvernement a choisi une seule variable d'ajustement pour sortir de la crise. Il s'agit du chômage, et spécialement du chômage des jeunes. En deux ans, le nombre de chômeurs s'est accru de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Dans ce contexte sombre resurgissent des fantômes du passé que l'on croyait enterrés une bonne fois pour toutes : la xénophobie et l'antisémitisme les plus primaires. La haine brute de l'autre, pour sa religion, sa culture ou la couleur de sa peau. Les lois liberticides se multiplient. L'extrême gauche et l'extrême droite se sentent pousser des ailes, encouragées par un pouvoir affaibli par les scandales à répétition.

Inquiétante coagulation : les partisans de l'ordre républicain, ceux qui croient au Ciel et ceux qui n'y croient pas, se sentent humiliés par un gouvernement radical-socialiste qui les méprise. Le dernier scandale, le scandale de trop, met le feu aux poudres. Dans moins de trois semaines, des dizaines de milliers de manifestants déterminés et parfois armés iront converger au coeur de la capitale. On se battra toute la nuit contre les forces de l'ordre, à un jet de pierre du coeur du pouvoir politique français. Au petit matin, on comptera des dizaines de morts et des centaines de blessés. La démocratie française n'aura plus que quelques années à vivre.

Cette chronique n'est pas celle d'événements imaginaires ou à venir, mais qui se sont produits voici exactement quatre-vingts ans. Le 6 février 1934, dans le contexte économique et financier décrit plus haut, et après une série de scandales politico-financiers, 30.000 personnes marchèrent aux abords du Palais Bourbon. Le gouvernement Daladier, issu du second Cartel des gauches, décida d'envoyer la troupe. Quinze morts et plus de 2.000 blessés plus tard, la République française avait« gagné », pour reprendre une expression entendue la semaine dernière. Elle avait gagné un sursis.

1934-2014, même combat ? La multiplication des affaires politico-financières est troublante. Le gouvernement actuel, toujours pas remanié, est soutenu par une majorité parlementaire aussi artificielle que celle du Cartel des gauches. Le niveau du chômage est dix fois plus élevé qu'en 1934. Contrairement à cette période, la plupart des pays d'Europe sont sortis de la crise, renouent avec la croissance et la création d'emplois, laissant la France dans son exception - et dans son impasse.

Comment faire pour endiguer en 2014 la marée montante d'antiparlementarisme, de xénophobie et de révélations de scandales financiers et privés perçus comme autant d'insultes par une population active sous la triple pression du chômage ou de la peur du chômage, de l'impôt excessif et croissant, enfin d'un sentiment d'insécurité galopante?

Le gouvernement actuel a choisi une voie bien hasardeuse depuis quelques mois : celle de la fermeture et de la répression tous azimuts : financière (hausses d'impôts sans fin), politique (peut-on citer une seule nomination « d'ouverture » dans l'appareil d'Etat aujourd'hui ?), morale (loi anti-prostitution, notamment). Courant derrière l'actualité rance d'une société qui se replie sur elle-même, les quatre pouvoirs (exécutif, législatif, judiciaire et médiatique) multiplient les restrictions à la liberté d'entreprendre, de religion, d'expression et de réunion, et les atteintes à la vie privée. Voir à ce sujet, plus que « Closer » ou l'arrêt Dieudonné, les dispositions de la future loi de programmation militaire autorisant l'Etat français à collecter sans limite les données numériques des citoyens français.

On proposera ici une autre voie, pour inverser cette dynamique de régression démocratique, économique et sociale : redonner de l'air, de l'espoir et des perspectives à une société française qui croule sous le poids de réglementations envahissantes et liberticides. Le poids d'une puissance publique aussi excessive qu'impuissante dans le domaine économique et social. Le poids d'une classe politico-administrative pléthorique, dispendieuse et bien peu efficace, à l'abri derrière ses statuts.

Donner aux nouvelles générations une perspective autre que celle actuellement proposée : de faux emplois d'avenir, du RSA ou des conseils pour partir travailler à l'étranger. Eradiquer, partout où cela est possible, les statuts, rentes et prébendes qui étouffent la création d'emplois, la créativité et l'esprit d'initiative en France. Le dernier exemple en date étant celui, pathétique, de la grève - à l'appel de cinq syndicats - des taxis parisiens, ce monopole d'un autre âge n'hésitant pas à recourir à la violence pour empêcher de faire émerger une concurrence saine et nécessaire dans une ville bloquée.

Le moment de l'action politique courageuse, au risque de la confrontation assumée, est donc venu pour le président Hollande. A l'inverse, faire le choix de la procrastination, de la ruse bavarde, des petits calculs d'arrière-cuisine IIIRépublique, c'est en réalité faire le choix, quatre-vingts ans après, de la possibilité d'un 6 février 1934. Nous méritons mieux qu'un coup d'Etat : une politique économique et sociale qui fasse enfin le pari de la liberté, des nouvelles générations, et d'un pays qui se rouvre au monde et à l'idée de progrès.

dimanche 12 janvier 2014

La semaine où tout a basculé



Difficile de ne pas revenir sur la semaine qui vient de s’écouler. Oh, rassurez-vous: les questions qui fâchent vraiment (comme la dette, le chômage ou ces choses qui touchent pourtant tout le monde directement) ne furent pas abordées et aucun débat houleux à leur sujet ne s’est installé dans le pays; de ce point de vue, les médias ont consciencieusement évité ces problématiques. En revanche, à force de monter en épingle des affaires ridicules ou des faits-divers sordides, ce qui devait arriver arriva: des questions périphériques ont métastasé, et en l’espace d’une semaine, la France a basculé dans le n’importe quoi total et chimiquement pur.

Certes, on avait déjà plusieurs fois constaté que l’ensemble des institutions républicaines marchaient de guingois, pour ne pas dire zigzaguaient comme un homme ivre, depuis plusieurs années, ballotées par les événements. Certes, on sentait depuis un moment que ceux qui nous gouvernent avaient lentement abandonné toute prétention à la cohérence sans pour autant lâcher quelque millimètre que ce soit aux prérogatives du pouvoir qui se fonde pourtant sur cette cohérence qui les a fui. Mais au moins avait-on l’impression que les paquets de bureaucrates et autres gratte-papiers républicains se déplaçaient en groupe, vaguement cornaqués par ces politiciens incohérents qui occupent la galerie.

La semaine écoulée a fait voler en éclat cette impression: non seulement, la République n’est plus une et indivisible, mais elle n’est plus qu’un salmigondis louche de petites humeurs, de pulsions, de lubies ou de décisions contradictoires touillées vigoureusement par des médias auto-alimentés.

Difficile en effet de prétendre encore que l’actuel pouvoir socialiste cherche le bonheur de ceux qui l’ont porté au pouvoir. Et si ceux qui lui sont opposés savaient déjà qu’ils prendraient cher avec le quinquennat hollandiste, c’est maintenant à ceux qui lui étaient favorables de découvrir qu’ils vont s’en manger aussi quelques unes bien sordides.

Pour leur pouvoir d’achat, par exemple, là où l’on aurait pu s’attendre à des efforts notables de la clique au pouvoir d’améliorer le sort des petites gens, c’est tout le contraire qui se passe ; et je passe pudiquement sur les avalanches d’impôts, tout le monde a maintenant compris.

Mais chaque jour qui passe ajoute misère sur misère. Ainsi, la loi « anti-Amazon » votée jeudi, brique supplémentaire du mur de lobbying compact des libraires sclérosés par tant d’années de subventions et de cocooning étatique contre un concurrent qui connaît mieux le marché qu’eux-mêmes, se traduira concrètement par une baisse du pouvoir d’achat des Français et elle montre que le parlement n’est plus que la chambre d’enregistrement des grognements et compulsions de ceux qui ont su rester proches de l’oreille du pouvoir.

nope grumpy lolcat De la même façon, on aurait pu s’attendre à ce que tous les socialistes des classes bavardes, sociologues, philosophes, intellectuels, journalistes et surtout politiciens, se dressent comme un seul homme contre la récente loi de programmation militaire qui offre un véritable boulevard à l’espionnage d’État sans contrainte. Que nenni : l’opposition fut symbolique et feutrée. Finalement, la vie privée, en France, tout le monde s’en fiche ; le pouvoir peut bien faire du trampoline dessus, ça ne semble agiter personne.

Sauf, bien sûr, le président Hollande, pourtant premier personnage public de la République, qui, comme le remarque justement Baptiste Créteur, s’offusque qu’un journal puisse s’occuper ainsi de ses amourettes privées alors que les grandes oreilles françaises viennent de s’ouvrir toutes grandes… L’incohérence présidentielle navrante n’est bien sûr relevée par aucun de ces médias qui préfèrent largement se vautrer dans la facilité des romances niaises d’un Pépère parvenu plutôt que de donner un retentissement normal au scandale de l’immunité sénatoriale de Serge Dassault, par exemple.

Ce dernier aura réussi à démontrer, de façon flagrante, l’état catastrophique de corruption et d’immoralité de nos institutions. Mais la succession de faits divers débiles montés en épingle aura réussi à cantonner cette histoire à des soubresauts dans la tuyauterie interne de la République. Pendant ce temps, on peut bien pleurnicher, comme le fait Bel, sur la montée de l’antiparlementarisme en France, mais à force de semer la tempête, on récolte des cyclones tropicaux.

charlie hebdo intouchablesEt bien sûr, tant qu’à parler d’incohérence et de n’importe quoi chimiquement pur, comment passer à côté de la quenellisation précipitée de la société ? Comment ne pas noter le silence total de tous ces beaux-penseurs qui furent pourtant bruyamment outrés de voir un Charlie Hebdo menacé par certains extrémistes religieux ? Où sont tous ces bien-pensants à la glotte toujours humide et vibrante au moindre coup de vent liberticide lorsqu’il s’agit d’une personnalité, d’une association, d’un politicien ou d’un journaliste à gauche ? Oui, bien sûr, il est sensiblement plus délicat et difficile de protéger la liberté d’expression pour un individu sulfureux comme Dieudonné que pour des Femens, largement adoubés du pouvoir.

Mais justement ! Il n’y a aucun combat et aucun mérite à défendre une liberté de dire des choses avec lesquelles le pouvoir est d’accord ! C’est précisément parce qu’on risque de se cramer les doigts (et plus encore) à défendre la libre expression pour Dieudonné que cette liberté d’expression vaut qu’on la défende. La liberté de dire la même chose que tout le monde, celle d’ânonner le politiquement correct n’a besoin de personne pour la protéger ; les cuistres, les fats et les imbéciles s’en chargent déjà ! Et alors que dans le pays, on devrait actuellement voir tous les intellectuels exprimer leur désaccord avec cette censure a priori qui s’installe gentiment, on constate qu’elle est en réalité adoubée jusque dans les établissements scolaires.

mindfuckDu reste, quelle ironie mordante que nous vivons là ! Car après tout, Dieudonné est bien un exemple frappant d’une réussite de l’intégration multiculturelle, lui issu d’un mariage entre une Bretonne et un Camerounais. Car après tout, si Dieudonné cherche tant à faire un film sur l’esclavage noir, on trouve bien, au gouvernement, une ministre qui aura fait voter une loi « tendant à la reconnaissance des traites et des esclavages comme crime contre l’humanité ». Qu’il soit parvenu à devenir une sorte d’ennemi n°1 de tout ce que le pays compte de politiciens de droite comme de gauche en dit long sur les incohérences qu’ils sont prêts à utiliser pour obtenir ce qu’ils veulent.

Et ce qu’ils veulent est limpide ; l’affaire est encore chaude que déjà, on sent poindre les interdictions et les restrictions sur internet : c’est dans les tuyaux, les fournisseurs d’accès seront mis à contribution pour que le pouvoir soit sûr d’obtenir ce qu’il veut, c’est-à-dire l’interdiction des gens qui ont des pensées malheureuses (ou qu’on présume faire du crime-pensée dès le matin au petit déjeuner). Interdiction dont Dieudonné sera l’excuse initiale mais qui seront fort utiles pour tout ce qui va arriver ensuite.

Parce que la situation, la réelle, loin de ces phénomènes de foire, continue de se dégrader. Grâce aux sirènes antifascistes et aux lourdes actions anti-quenelles, avez-vous entendu les petits grincements de Migaud, le président de la Cour des Comptes, qui sonne l’alarme sur les dépenses de l’État et sur les dettes de la Sécurité Sociale ? Grâce aux pleurnicheries élyséennes sur la vie privée et aux déferlantes d’infotainment ridicule sur les bluettes gluantes du président, avez-vous perçu que le nombre d’évadés sociaux (ceux qui refusent d’abonder au tonneau des Danaïdes sociaux) n’arrête pas de grimper au point que la chaîne de télé officielle, Pravda2, fasse un reportage pour tenter de ramener les brebis au bercail ?

Rassurez-vous : non, ce ne sont pas les Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire, c’est encore bien trop le foutoir total. Ces heures-là ne sont pas encore arrivées, elles sont en chemin. Pour le moment, elles observent discrètement la situation en attendant de tomber sur le pays, ivre et bassiné d’anxiolytiques. Ce n’est plus une question de « si », mais une bête question de « quand », c’est inévitable.

Ce pays est foutu.

samedi 11 janvier 2014

The Fall of France




Quand ce n’est pas la Perfide Albion qui tacle méchamment la Patrie Des Droits de l’Homme et le Phare de l’Humanité, ce sont les Américains qui s’en chargent bien volontiers. On se souvient qu’il y a un peu plus d’un an, une Une particulièrement critique de The Economist avait déclenché un prurit violent chez nos politiciens outrés de découvrir qu’on osait faire du french bashing à ce niveau là. Bien évidemment, aucune leçon n’en avait été tirée, et le frétillant vendeur de tapis ministériels, Arnaud Montebourg, avait même tenté l’humour (exercice périlleux dans lequel il n’est pas trop doué) en qualifiant l’hebdomadaire anglais de Charlie Hebdo de la City. Puis tout était redevenu calme.

Par calme, je veux bien entendu dire que le gouvernement avait continué les mêmes idioties qu’il lui était reprochées dans l’article, les débats de fonds ont continué à être soigneusement évités, les réformes scrupuleusement enterrées et les réajustements budgétaires drastiques très vite oubliés. Bref, business as usual comme on dit lorsqu’on parle franglish. Et voilà qu’en ce début d’année, une journaliste américaine relance le bastringue avec un article paru dans Newsweek, sobrement intitulé « The Fall Of France » que même nos politiciens, pourtant si embarrassés devant la langue de Shakespeare, sont parvenus à comprendre immédiatement. 

Damned, l’article n’est pas tendre ! En quelques paragraphes méchamment écrits dans une langue parfois totalement imperméable aux journalistes français qui l’analyseront rapidement plus tard, la journaliste constate l’état général de déliquescence du pays, son chômage massif, son exode des cerveaux, ses zacquis sociaux bien trop coûteux, son État omniprésent et ses élites totalement déconnectées de la réalité à commencer par un François Hollande délicieusement rétro. Bien évidemment, c’est parfaitement intolérable pour les politiciens et cette frange de la population auto-déclarée élite de la nation qui se sont immédiatement offusqués de cette réalité, jetée à leur face sans prévenir.

Heureusement pour eux, l’article a été écrit en enrobant les remarques les plus justes dans une crème épaisse de poncifs plus ou moins débiles et de contre-vérités douteuses. Grâce à celles-ci, Najat Vallaud-Belkacem et Pierre Moscovici (d’ailleurs brocardé dans l’article) ont pu lui sauter dessus à pieds joints, ragaillardis qu’ils étaient de voir la foule de leurs compatriotes, bien rengorgés de leur propres certitudes, les accompagner dans la contre-offensive qui fut ensuite menée (article du Monde en tête). Ouf. Grâce aux remarques ironiques (comme celle sur le mot « entrepreneur » qui n’existerait pas en français) et à ces approximations, on va pouvoir démonter du Yankee ou de l’Anglaise à peu de frais (et ce sera même à portée d’un minustre ou d’un journaliste, c’est dire) ; le service après-vente peut alors prendre le relai sur tous les bons sites de France, qu’ils fussent de droite ou de gauche.

Outre l’évident plaisir un tantinet patriotique que certains se feront à démontrer à quel point il est difficile de se procurer du lait à 5.88€ le litre, la presse trouvera en tout cas un avantage certain à secouer un peu le débat, d’autant que, de l’autre côté, Newsweek remet rapidement les couverts devant les réactions outrées de tout ce que le pays compte d’éminents défenseurs ; et puis ça tombe bien : Newsweek aurait, dit-on, envie de relancer une version papier dans l’hexagone, et cette polémique aura au moins le bon goût de replacer son nom dans les têtes françaises ; un peu de soufre sur un nom, cela fait vendre, n’est-ce pas ?
unes de The Economist consacrées à la France

Cependant, le souci tant avec le French Bashing mal torché de Newsweek qu’avec les réactions aussi outrées que rigolotes d’un Mosocivi ou périplaquistes à la Le Mâonde, c’est qu’il permet à ceux qui se sentent morveux de se moucher avec la main du voisin, ou, pour le dire autrement, de compter les tiques de l’éléphant en essayant d’oublier qu’il s’est assis au milieu du salon. Alors, oui, certes, on peut bien tenter, comme le fait de façon assez consternante l’article du Figaro, de répondre à l’humour polyglotte initial (qui a fait mouche, très manifestement) en notant la mauvaise traduction littérale de « to be continued » (sans capter le clin d’œil pourtant évident à la nullité des Français en langues) et en concluant par un idiome anglais, démontrant amplement que la blagounette sur les entrepreneurs était restée parfaitement opaque à la plupart des critiques. Mais ce faisant, on oublie la forêt pour l’arbre (et on se le prend quand même en pleine figure au passage).

Parce qu’en réalité, des articles critiques sur la France, vue depuis l’étranger, il y en a un paquet ; et que ce soit en allemand, en anglais ou dans ces autres petits dialectes exotiques rigolos du reste du monde mal éclairé par le Phare de l’Humanité, nombreux sont ceux qui, lucides et argumentés, arrivent aux mêmes exactes conclusions de celui de Newsweek : tous remarquent un déclin de plus en plus rapide et prononcé de ce pays. Or, ce message, celui d’un déclin évident de la France, celui d’une perte de compétitivité, d’attractivité, celui d’un délitement général du pays par le haut, via ses élites, ce message ne passe toujours pas, aussi argumenté soit l’article, aussi calme et factuel soit l’éditorialiste. La sonnerie retentit, les feux de signalisations se mettent à clignoter au rouge, les barrières s’abaissent, … mais le train ne passe décidément pas.

Et devant ces articles qui arrivent aux mêmes conclusions, aucun de ces politiciens ou de ces journalistes partis à la bataille contre les méchants yankees et vilains britons ne voit qu’ils sont écrits par des auteurs qui sont a priori plutôt favorables à la France, qui y ont vécu longuement ou y vivent encore, que ce sont des gens qui admirent (ou admirèrent) ce pays. Or, cette critique, venant de personnes qui ont un penchant très favorable pour le pays, devrait être analysée pour ce qu’elle est et non pour ce qu’elle provoque comme prurit chez les patriotes en culotte courte.

Et plutôt que s’exciter sur les traductions françaises littérales à dessein ou sur le prix supposé du lait, les fines plumes du pays, ses meilleurs penseurs et ses excellents politiciens devraient plutôt se demander ce qu’il y a de pire : quelqu’un qui vous dit « vous vous fourvoyez » ou quelqu’un qui se fourvoie et hurle dès qu’on lui en fait la remarque ? À qui doit-on le plus faire confiance : à ces politiciens qui crient à l’outrage alors que chacune de leurs actions montre qu’ils poussent le pays tous les jours un peu plus dans le fossé, ou aux auteurs de ces papiers piquants qui, voyant les choses de l’intérieur avec leurs yeux d’étrangers ou de l’étranger de leurs yeux d’expatriés constatent un délitement de plus en plus grave ? Lesquels sont les mieux placés pour juger : ces politiciens, ces journalistes qui vivent et bénéficient dans les grandes largeurs d’un système qu’ils ont créé et entretenu aux dépends de tout le reste du peuple ou ces étrangers qui décrivent, maladroitement parfois, ce qu’ils voient et ce qu’ils croient, et dont les arguments sont corroborés tant par les chiffres économiques, le nombre croissant d’expatriés ou la mauvaise ambiance générale du pays actuellement arcbouté sur des quenelles de clochers ?
financial times goodyear hostages 

Et surtout, qu’y a-t-il de pire : l’image de la France renvoyée par ce genre de vilains articles légèrement abrasifs ou l’image que la France renvoie elle-même au monde lorsqu’elle laisse impunis ceux qui séquestrent des patrons ? Messieurs les outragés, messieurs les politiciens, messieurs les journalistes qui rapportez les propos d’un Mailly qui ne voit pas de problème à la séquestration d’individus pour des motifs syndicaux, quelle image croyez-vous renvoyer ? Parce qu’actuellement, pendant que vous quenellez et que vous bataillez contre Newsweek, de pleins articles sur le Financial Times ou Business Week sont consacrés à l’accueil qui est fait aux patrons d’entreprises en France…

Quelle image croyez-vous que la France renvoie lorsque Reuters annonce que le Printemps aussi va se retrouver traîné en justice pour avoir offert du travail le dimanche dans un pays qui compte 5 millions de chômeurs, pardon 5.5 millions comme insiste de le préciser Le Monde dans son pathétique listing des erreurs newsweekesques ? Quelle image renvoie la France lorsque sa police place en garde à vue deux gamins qui font un signe débile ?

Vous voudriez nous faire croire, messieurs les journalistes pinailleurs, les patriotes à la glotte vibrante, les politiciens outragés, que ces articles de Newsweek, tout ce méchant french bashing, c’est du pipeau, vraiment ? Sérieusement ?

mardi 7 janvier 2014

Alerte - Epidémie de Quenellose en France


Ce ne sont pas des opinions, ce sont des délits, vient de décréter très publiquement, avec une suffisance satisfaite et à propos de discours tenus par un noir comique, une sorte d'histrion médiatique qui gagna jadis une célébrité de mannequin pour être apparu à la télévision la poitrine nue et le brushing conquérant. 

Lorsqu'il se montre à la foule de ses admirateurs assemblée à Saint-Germain des Près entre Lipp et le Café de Flore, l'homme se présente fièrement comme philosophe,  c'est sur cette étiquette que se fonde son fructueux marketing, de même que la maîtrise par lui affirmée de cette ancienne discipline  lui permet d'aligner absurdités et stupidités. 

Voici que le Léviathan a décidé, dans sa grande sagesse humaniste, d'interdire que soient exprimées certaines opinions (c'est-à-dire : des pensées) afin de satisfaire à divers lobbies supposés être électoralement influents, alors, et très légalement, ces opinions sont devenues juridiquement des délits, mais, ce que ne vit pas le philosophe mondain (ni les perroquets serviles qui reprirent ad nauseam la sottise), les deux termes ne s'excluent pas : ce n'est pas parce que le législateur la traite en délit qu'une opinion cesserait d'être une opinion, à ce compte, puisqu'une opinion se formule en mots et phrases, une fois prohibés par la loi, ces mots et phrases ne seraient plus des mots et des phrases, mais... mais quoi? Un néant ? Admirons alors le Léviathan qui aurait réussi à incriminer le néant. 

C'est justement parce que les opinions sont des opinions, et qu'elles le sont de toute la vigueur de leur existence, que le Léviathan a pu les qualifier avec tout ce que le vocabulaire comporte de substantifs et épithètes péjoratifs afin d'en réprimer l'expression. 

Le vol est un délit, les magistrats punissent ce délit et ce faisant, c'est le vol qu'ils punissent (il est triste de devoir rappeler cette évidence), et lorsque le prétendu philosophe, ses suiveurs et complices variés appellent policiers et juges pour envoyer au bagne l'homme à la peau noire et à l'humour sans esprit qui pense autrement qu'eux (et, en l'occurrence, aussi mal et aussi perversement qu'eux, mais en un autre domaine) c'est l'opinion, et elle seule, qu'ils veulent châtier. 

Mon attachement à la liberté d'opinion (ou d'expression, ou de pensée, c'est la même chose) est absolu – j'avais pensé, ce matin,  écrire un rappel historique de quelques faits la concernant, cela eût montré que cette liberté fut tôt bafouée par ceux-là même qui la proclamèrent, cela montre également que le combat pour cette liberté est toujours perdu, aussi m'en vais-je vers de plus divertissants objets.