mardi 20 janvier 2015

Vers un retour du délit de blasphème?


Le terrorisme islamiste et le terrorisme intellectuel sont inséparables. La dénonciation de l’islamophobie est légitime si elle désigne les atteintes aux musulmans en tant qu’êtres humains. Mais elle est une atteinte à la liberté d’expression si elle désigne ceux qui critiquent la religion musulmane. Les démocraties occidentales semblent désarmées et vulnérables face au "totalitarisme vert" qui sait retourner contre elles leur mauvaise conscience et leurs valeurs antiracistes.

A ce titre, d’où vient l’exception islamique en matière de critique ? Alors que nulle autre religion n’est protégée de la critique dans nos sociétés sécularisées, la rédaction de Charlie, se demandait à juste titre, juste avant les attentats, après avoir été accusée d’islamophobie : « au nom de quoi la religion musulmane devrait, elle, être épargnée » ?

A la question de savoir pourquoi la religion musulmane – pourtant celle qui persécute le plus les membres des autres religions là où elle règne – est exonérée de toute autocritique de fonds et bénéficie d’un traitement d’exception de la part de nos élites politiques et intellectuelles, la réponse est en fait double: si l’islamophobie est plus dénoncée et combattue que toute autre forme de « phobies » antireligieuse, c’est premièrement parce que les lobbies, Etats et organisations islamiques ne cessent d’exercer des pressions pour dénoncer et faire taire ceux qui critiquent l’islam, et, deuxièmement, parce que l’islam fait plus peur que toute autre religion. C’est là un fait indéniable. Et « les faits sont têtus » comme disait LÉNINE.

Certes, la violence terroriste et jihadiste est le fait d’une minorité. Et les adeptes du salafisme ne représentent pas tous les croyants musulmans. Loin de là. Mais les actes violents de ces minorités capables d’intimider, frapper, tuer et terrifier de l’Irak jusqu’à l’Australie en passant par la Chine, les Etats-Unis, et même nos villes d’Occident dissuade très efficacement la plupart des comiques, des antireligieux et des blasphémateurs, exceptés justement quelques libertaires barjots prêts à risquer leurs vies comme les THEO VAN GOGH, les dessinateurs de Charlie Hebdo, les HOUELLEBACQ ou autres Brigitte BARDOT ou Oriana FALACI. Mais l’essentiel des responsables politiques, intellectuels ou journalistes ne s’y frotte pas ou plus. Pour la grande majorité des antireligieux d’Occident, il est bien moins risqué d’attaquer l’Eglise catholique et les chrétiens en général. Les plus intégristes des fidèles du Christ font d’ailleurs pâle et tiède figure et ils paraissent bien inoffensifs face aux moins fous des islamo-terroristes.

Le délit de blasphème a été définitivement aboli au XIXème siècle en France. Dans le reste de l’Europe ou aux Etats-Unis, sociétés certes moins laïques que la France anticléricale, le délit de blasphème n’est également qu’un vieux souvenir. Depuis des décennies, le fait de caricaturer les Prophètes, les Papes, les prêtres, les bonnes sœurs, les moines ; le fait de blasphémer sans limites et même d’insulter les religieux, en particulier ceux de l’Eglise catholique, est plus que toléré dans nos démocraties.

Depuis des décennies, insulter, ridiculiser Jésus, la Vierge Marie, les Saints, et même Abraham ou Moïse est de mise. Et personne n’est plus condamné, ni même sermonné pour cela par ceux qui fustigent en permanence « l’intolérance » de l’Ancien testament ou les « guerres saintes » de la Chrétienté. Mais gare à ceux qui osent critiquer la violence du Coran et de la Charia… Car l’esprit d’autocritique, de rigueur à propos du christianisme, est bien moins partagé en matière d’islam. Les grands responsables musulmans d’Occident et d’Orient ne le tolèrent en effet ni de la part de leurs fidèles ni de la part des « mécréants », continuellement sommés de dénoncer l’islamophobie et même de dire du bien de l’islam (mythes d’Al Andalous qui cohabitait en paix avec les juifs et les chrétiens ; mythes de la supériorité de la « science arabo-musulmane », etc) ; Mieux, même lorsque explosent des bombes au nom de l’islam ou qu’un jihadiste tue au nom du Prophète ou du Coran, les responsables musulmans crient à l’amalgame et à l’islamophobie au lieu d’engager une réforme de l’islam et de désacraliser les pans entiers de la loi islamique qui justifient hélas la violence. Ceci n’est pas l’observation des « islamophobes », mais des musulmans réformistes et libéraux eux-mêmes, à l’instar de SOUHEIB et Ghaleb BENCHEICKH, d’Abdel WAHHAB MEDEB, de Mohamed CHARFI, d’Abou ZAID, ou leur prédécesseur Abdel RAZEQ, le grand théologien-savant d’Al-Azhar qui fut hélas déclaré hérétique pour avoir osé réclamer un aggiornamento de l’islam dans son livre publié en 1925 « L’islam et les fondements du pouvoir ». Depuis, le monde musulman a jeté le bébé du progressisme et du réformisme avec l’eau de l’anticolonialisme et s’est bloqué puis refermé sur lui-même en refusant toute autocritique.

De son côté, l’Eglise catholique, éprise de mauvaise conscience depuis le Concile Vatican II a renoncé depuis longtemps à exiger le respect du sacré de la part des non-croyants. Elle ne perd pas son temps dans des procès en christianophobie quand bien même celle-ci est parfois manifeste dans nos sociétés désenchantées qui ont mis au pas le Clergé depuis belle lurette. Ainsi, les innombrables profanations de cimetières ou d’églises chrétiennes ne font jamais la une des journaux, pas plus que la christianophobie meurtrière planétaire, bien plus massive et réelle que la supposée « islamophobie » dénoncée par tous. Quant aux nouvelles religions installées en Europe, du sikhisme au bouddhisme en passant par le totémisme/animisme africain ou l’hindouisme, on a jamais vu leurs fidèles fustiger violemment la République ou accuser les pays d’accueil occidentaux d’être « hindouistophobes » ou « boudhistophobes » ou sikhophobes » sous prétexte que leurs religions seraient critiquées, moquées ou que leurs lieux de cultes (souvent plus précaires que ceux des musulmans) seraient insuffisants ou insalubres. Les militants des droits de l’homme ne cessent de dénoncer le système des castes et l’infériorité des Intouchables permis par l’hindouïsme, mais aucun mouvement hindouïste présent en Europe n’a jamais accusé ceux qui dénoncent l’intolérance hindouiste d’être « racistes ».  Les Hindouïstes sont pourtant eux aussi plus d’un milliard. 

Comble de l’ironie antiraciste, alors que les chrétiens sont victimes d’une christianophobie planétaire croissante souvent criminelle et parfois même génocidaire (Soudan, Irak, Nigéria, Turquie, etc), les pays christianophobes membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (Pays du Golfe, Pakistan, Mauritanie, Soudan, etc) n’hésitent pas quant à eux à donner des leçons d’antiracisme et de lutte contre l’islamophobie à l’Occident pluraliste qui accorde pourtant sur son sol bien plus de liberté aux islamistes que nombre de pays musulmans eux-mêmes! (Egypte, Azerbaïdjan, Albanie, Kazakhstan, etc). Rappelons que l’OCI rassemble 57 pays musulmans qui, à de rares exceptions près, persécutent leurs minorités chrétiennes, chiites, ou autres ; interdisent toute égalité religieuse, tout prosélytisme non-musulman tout en oeuvrant à étendre l’islam partout en terre « infidèle ». Même des  pays apparemment tolérants (Maroc) ou sécularisés (Tunisie ; Turquie, etc) interdisent formellement aux musulmans de choisir une autre religion. Ces pays n’ont pas de complexe à financer dans nos démocraties des associations souvent franchement intégristes, comme les structures des Frères musulmans, du Tabligh, (qui a formé nombre de futurs fanatiques dans nos pays depuis les années 1980, dont les jihadistes de Lunel partis récemment en Syrie), la Ligue islamique mondiale, pilotée par l’Arabie saoudite, ou le Milli Görüs turc, proche du parti d'ERDOGAN et du Hamas, etc.

Totalement décomplexés, ces pays qui persécutent ou maltraitent officiellement leurs minorités religieuses ont comme objectif théocratique d’instituer partout dans le monde depuis les années 1980 et au sein de l'ONU une pénalisation de la « diffamation des religions », autre façon de désigner le "délit d’islamophobie, assimilant ainsi toute critique de l’islam à une forme de racisme ‘islamophobie’ et de diffamation pénalement condamnable. 

Bref, un retour de la censure et du délit de blasphème.

Partant de là, que peut-on encore espérer?

lundi 12 janvier 2015

Après l'émotion, Big Brother?


C’est un grand succès mes petits amis! Des miyons de personnes se sont rassemblées dans un magnifique élan d’unification républicaine afin de dire non à la méchanceté. Et pour bien marquer l’événement, qui a amalgamé tous les gentils de France (ou presque), étaient venus les leaders des gentils du Monde Entier (ou presque).

Nous sommes lundi et la situation est maintenant parfaitement éclaircie: tout le peuple est derrière son chef, uni par ses décisions courageuses, détaillées avec ce courage et cette diction cristalline qui le caractérise, de lutter contre le racisme et la barbarie. Les analyses de la situation et des racines du mal qui ronge la société française ont été menées, et des solutions sont déjà à portée de main. Il va se passer des choses. Et vu l’urgence, ça va pulser.

Dans la presse, c’est l’extase collective et républicaine. Entre la mobilisation sans précédent, qui permet d’oublier les manifestations clivantes consécutives au Mariage Pour Tous, et la magnifique brochette de chefs d’État et de gouvernement que notre Président a réussi à rassembler sur la photo, difficile de ne pas dégainer les plus gros superlatifs pour en tartiner des articles dont le fond est, partout, sensiblement le même: la France s’est immédiatement dressée comme un seul homme pour dire non au terrorisme. Bref : toute la presse, baignée dans ses propres endorphines, est finalement heureuse de constater que le peuple, et mieux même, le monde entier, peut se rassembler derrière HOLLANDE.

La réalité (celle sans le shoot de drogues naturelles pour atténuer la souffrance) est malheureusement un tantinet plus complexe.

D’une part, on ne pourra s’empêcher de tiquer (au moins) sur la récupération proprette de l’ensemble de l’opération par les éternelles associations anti-racistes, droit-de-l’hommistes, citoyennes, festives et subventionnées, et sur les politiciens en mal d’amour populaire. Difficile de ne pas voir les deux castes, d’un côté les politiciens et les gouvernants, de l’autre le peuple. Difficile de ne pas halluciner lorsqu’on voit la première caste, bras-dessus, bras-dessous, défiler pour un hommage à ceux qui firent de l’irrévérence, de l’anti-conformisme et de la liberté d’expression totale un combat actif, notamment contre ceux-là même qui défilent, chantent la Marseillaise, font sonner le glas de Notre-Dame ou créent des symboles républicains pour mieux aider leur carrière politique. Difficile d’oublier que dans ces chefs d’État ou de gouvernement se trouvent certains thuriféraires effervescents d’une parole largement policée, pour ne pas dire adeptes de la censure.

D’autre part, il y a quelque chose de gênant, ou de paradoxal, à prétendre que notre mode de vie ne sera pas modifié par les attaques ignobles des terroristes, tout en modifiant de façon assez sensible notre mode de vie dans la foulée. S’il est facile de comprendre et sympathiser avec l’élan humain qui tend les uns à se rapprocher des autres en période de crise, de gros problème voire de catastrophe, s’il est nécessaire de louer en conséquence cette capacité de tous à puiser dans la fraternité, ce que l’humanité a de plus beau, pour espérer progresser vers une société plus douce, il ne faut cependant pas oublier que ces réactions, à chaud, sont basées sur l’émotion, pure, vive … et irréfléchie.

Si l’on peut souhaiter que beaucoup se rassemblèrent pour rendre hommage à des gens qu’ils ne lisaient pas, si l’on peut ardemment espérer que ces manifestations furent gigantesques pour protéger la liberté d’expression, si l’on peut vraiment désirer que les motivations émotionnelles des uns et des autres ne puisaient ni dans la peur, ni dans la colère, force est malheureusement de constater que ce lundi, au lendemain de ces événements, des voix s’élèvent déjà pour qu’on modifie, encore un peu plus et un peu plus profondément, notre mode de vie et notre liberté d’expression.

Ici, il me suffira de rappeler le tweet glaçant de Pécresse, élue UMP, qui — n’en doutez pas — sera sans aucun doute rejointe par l’un ou l’autre tribun du PS ou d’un autre parti satellite de la grande coterie de l’étatisme décontracté, pour bien montrer où nous allons :
Il faudra bien entendu un Patriot Act à la française. Il faut une réponse ferme et globale #renseignement #securité
Ben oui, pourquoi laisser gâcher une bonne crise comme celle-là sans rapidement pousser de nouvelles fournées de surveillance à tous les étages ? Pourquoi ne pas profiter de cette belle émotion pour polariser un peu les Français vers des solutions qui, si elles ont largement prouvé leur inefficacité générale en matière de lutte contre le terrorisme, ont en revanche largement aidé l’Etat à poser de furieux jalons d’une société de surveillance totale et irrémédiable ? Ce serait vraiment dommage de s’arrêter en si bon chemin alors que les préludes ont été joués depuis quelques années, quelques mois ou quelques semaines et qu’ils n’ont déclenché aucune réaction du bon peuple, bien heureux de s’occuper d’autre chose.

Eh oui : on tient une occasion en or, parce que non seulement, les Français sont d’habitude assez facile à distraire avec des sujets tout faits, mais en plus, actuellement, ils ont été suffisamment pétris des bonnes émotions pour que la mise en place d’une série de lois d’exception ne poserait en réalité guère de problèmes.

Tout au plus suffira-t-il d’insister sur les dissensions actuelles de la société française (on pourra, par exemple, faire intervenir des profs et leur ressenti au niveau du vécu), de bien montrer que nous sommes en guerre (là encore, en faisant parler les bonnes personnes), et le reste du peuple suivra sans problème. Les Américains y sont parvenus, on ne voit pas trop bien pourquoi les Français ne pourraient pas faire pareil.

Il faut se résoudre à l’évidence : alors que la France croule sous un État déjà pléthorique, insinué partout, dont la taille est la raison principale pour laquelle le pays est, économiquement, au bord du chaos, alors que le pays souffre déjà d’une mise en coupe réglée de sa liberté d’expression, de ses autres libertés (propriété privée, celle de se défendre soi-même, d’entreprendre, de faire du profit, etc…), raisons pour lesquelles on a consciencieusement découragé toutes les bonnes volontés et fermé toutes les portes de sorties aux classes les plus industrieuses, créant ainsi un terreau ultra-favorable aux plaies qui nous agitent ces derniers jours, alors que le peuple supporte déjà tout cela, tout montre que, grossièrement manipulé par une caste dirigeante ne reculant devant aucune bassesse pour arriver à ses fins, il va choisir d’en rajouter encore une bonne couche.

Forcément, ça va bien se terminer.