lundi 24 août 2015

La motion Cambadélis à la feta Salakis


Que n’avait-on entendu au sujet d’Emmanuel MACRON lorsque, nommé après l’éjection d’un MONTEBOURG aussi frétillant qu’inutile, le sémillant énarque s’était mis en tête de libérer le pays de certains des carcans qui l’encombraient! Z’allez voir ce que vous z’allez voir, avec MACRON, ça va cogner du chaton corporatiste, qu’on vous dit… Quelques mois, des douzaines de cris à l’Assemblée, au sein des partis et dans les syndicats, et quelques centaines d’articles plus tard, la loi est votée…

De compromis en petits arrangements, d’arrondissages d’angles en polissages frénétiques, la loi en question n’est plus ni vraiment piquante, ni vraiment révolutionnaire, ni même franchement libératrice; elle s’est même carrément dégonflée. Comme je l’expliquais récemment, le gouvernement nous avais promis le Pérou, il nous a présenté un projet qui dépassait à peine Maubeuge, et le temps est maintenant venu de constater qu’il peinera à rejoindre Sèvres-Babylone avec son petit ticket de métro.

Dans certains cas, des compagnies de cars pourront desservir des villes françaises, quelques participations d’État seront cédées, mais pour le reste, on est dans le changement à la marge, l’ajustement millimétré et la petite plomberie de la boite à outils.


Ah oui, il y a aussi eu un « relâchement » des contraintes entourant l’ouverture dominicale. Aaaaah, l’ouverture du dimanche… C’est un bien vaste sujet, pour un pays qui se veut pourtant très très laïc. C’est une question fort épineuse, ce jour de repos hebdomadaire, fixé arbitrairement le même jour que celui du Dieu catholique, pour des syndicats qui sont tous officiellement non confessionnels, voire athée, voire anti-cléricaux. Et c’est un sujet vraiment polémique pour une société qu’on prétend toujours plus libéralisée, toujours plus apte à accorder tout ce que veulent les grandes multinationales capitalistes dévoreuses de familles ouvrières…

Et dans un pays qui a obstinément décidé que tout ce qui concernait l’entente entre deux adultes consentants ne pouvait pas se passer d’une bonne grosse louchée de lois, de règlements et de garde-fous juridiques nombreux et confus, imaginer qu’un commerçant puisse s’arranger directement avec ses employés pour définir les modalités de travail, sans en passer ni par les syndicats, ni par les inspecteurs du travail ou que sais-je encore, c’était bien trop complexe. Heureusement, la loi MACRON a bien vite évité cet écueil et — simplification oblige — s’est empressée d’ajouter une douzaine d’appétissants amendements aux dispositions légales déjà en place afin de ménager quelques espaces de négociations supplémentaires.

Très concrètement donc, quelques dimanches par an pourront être travaillés. Dans certaines villes, comme il ne s’agissait surtout pas de lâcher la bride à qui que ce soit (ce vent de liberté folle pouvant entraîner, comme chacun l’imagine, des débordements immondes de gens qui vendent, qui achètent, qui font du commerce et qui créent des richesses insupportables), on a décidé d’instaurer des lieux où l’ouverture de tous les dimanches sera tolérée par les autorités, bienveillantes mais pointilleuses. Avec l’art de la nomenclature et cette touche de poésie délicate qui caractérise nos politiciens, ces endroits ont été baptisés ZTI, pour Zones Touristiques Internationales, et permettra aux commerces qui s’y trouvent d’organiser leurs ouvertures dans un cadre légal qu’on peut largement qualifier de lâche tant, avec ces dispositions et selon certains, les élastiques semblent avoir tous pétés dans la joie et la bonne humeur.

Et justement, devant un tel relâchement, ce qui devait arriver arriva: les syndicats se sont bien vite élevés contre cette insupportable atteinte au pacte républicain, accompagnés par les habituelles idiots utiles du socialisme vaguement gouvernemental. Les premiers rappellent aussi bruyamment que possible que des accords collectifs doivent être négociés, et au sein de la branche « Grands Magasins », par exemple, la CGT, CGT-FO et la CFDT sont bien évidemment opposées à toute possibilité de faire du commerce, engranger des bénéfices le dimanche et donc produire une richesse qui serait pourtant utile à sécuriser de l’emploi.

Quant aux seconds, faisant preuve de leur habituel dogmatisme en béton armé, ils continuent de fustiger cet esprit consumériste absolument catastrophique. Par exemple, à Poitiers dans la « motion CAMBADELIS », ce pachyderme inutile dont la rumeur voudrait qu’il soit à un poste à responsabilité au Parti Socialiste, on peut ainsi lire « la consommation ne peut être l’alpha et l’oméga de nos vies. Le dimanche doit d’abord être un moment du vivre ensemble » qui déclencherait l’hilarité dans n’importe quel pays moderne (mais pas en France) tant on peut y lire la componction, le dogmatisme et une belle brassée de mots-clefs du bullshit bingo politique.

Bref, concernant l’ouverture du dimanche, la messe (syndicale et politique) est dite: ces ZTI sont d’abominables chevaux de Troie qui cachent les sombres desseins ultra-néo-libéraux dans lesquels les gens font, globalement, ce qu’ils veulent le dimanche et peuvent aller acheter des trucs et des machins en ville — c’est affreux, et c’est dit dans ces termes :
« Le projet Macron a pour objectif la généralisation du travail du dimanche dans le commerce, le tourisme international ne constituant qu’un artifice de communication ! »
Et pour ces gens-là, ce serait horrible, abominable, atroce. Imaginez des gens qui organisent différemment leurs week-ends, qui n’achètent pas tout le samedi. Forcément, ça va être l’anarchie, la fin de la famille traditionnelle (dont on découvre que les syndicats seraient les nouveaux protecteurs). Imaginez des salariés qui préfèrent bosser le dimanche pour avoir leur lundi, imaginez ces individus farfelus qui ne peuvent travailler, justement, que le dimanche, et qui vont donc trouver ce petit emploi qui va leur permettre de payer un loyer. Assurément, ces nouvelles richesses, ces nouvelles opportunités constituent autant d’insultes à la face de ceux qui entendent cadencer la société sur leur schéma mental prédéfini, pardi !

Quant à savoir si la mesure pourrait créer des emplois, cela n’intéresse pas ces gens (ils s’en foutent : syndicalistes comme politiciens ont un emploi, à peu près inamovible de surcroît, et n’ont donc rien à carrer de la piétaille qui en voudrait un aussi). Savoir si cela pourrait créer de la richesse et de l’attractivité pour les zones touristiques en question ne leur chaut guère: ils s’en foutent, des touristes qui ne votent de toute façon pas pour eux.

Et puis surtout, ces histoires de ZTI cachent encore une fois l’occasion pour l’un ou l’autre industriel capitaliste d’ouvrir ses chaînes de magasins, ce qui est insupportable pour nos résidus communistes. Tenez, à l’évidence, si elles existent, c’est pour arranger la FNAC, pardi, et on se fiche complètement des clients de ces centres commerciaux (qu’ils soient, eux aussi, arrangés dans l’affaire, n’intéresse là encore pas nos syndicats qui n’ont pour clients que les à peine 8% de salariés qui votent encore pour eux, à l’occasion et souvent sur un malentendu).

Bref, on le comprend: non seulement la loi MACRON a été consciencieusement vidée de sa substance en réduisant à peu près toutes les bonnes intentions, déjà pas franchement révolutionnaires, à leur expression la plus minimale, mais chaque décret d’application, chaque mise en pratique opérationnelle palpable et concrète sera âprement combattue par tout ce que le pays contient encore de ces Forces de Progrès qui lui assurent un immobilisme aux semelles de plomb.

Le pays avait un besoin impérieux d’un grand ballon d’oxygène pour lui éviter la catastrophe. La loi MACRON lui offre une petite bouffée rapide. Les syndicats la transforment en malodorant nuage toxique.

Forcément, ça va bien se passer.

jeudi 20 août 2015

Après les vacances, l'heure des comptes?


Profitons des moments de calme estival pour dépoussiérer nos calculettes et effectuer quelques divisions et multiplications qui démontrent combien le calme apparent sur le front des finances publiques est annonciateur de futures tempêtes si l’on considère notamment le dernier chiffre de stagnation de notre PIB.

Retenez bien ces données.

Fin 2011, le PIB français s’élevait à 2059 milliards d’euros. 
Fin 2014, il atteignait 2132 milliards. 

Fin 2011, la dette publique au sens de Maastricht s’élevait à 1717 milliards.
Fin 2014, la dette atteint 2037 milliards.

Comme nous ne disposons pas de statistiques définitives pour le premier semestre 2015, nous nous sommes contentés de ces chiffres, mais les tendances observables depuis le début de cette année sont les mêmes. Ainsi, la dette publique a-t-elle crû de 18,6% alors que le PIB n’augmentait que de 3,5% sur cette période de trois ans. Dit autrement, la dette a crû de 320 milliards d’euros courants contre seulement 73 milliards pour le PIB.

Il faut en conclure que la France a détruit en trois ans 247 milliards de richesse nette. Ceci correspond à 11,6% du PIB, selon les chiffres atteints fin 2014. Bref, la destruction annuelle moyenne de richesse équivaut désormais au montant du déficit public.

Cela ne signifie pas que ledit déficit soit à l’origine exclusive de cette volatilisation. Mais cela suffit à montrer l’inanité des préconisations d’un keynésianisme abâtardi qui cache la volonté des clientèles et des « élites » de l’État de faire perdurer une situation qui ressemble chaque jour un peu plus à une faillite.

À ce rythme, et il y a très peu de chances que la situation s’améliore sensiblement d’ici 2017, la présidence Hollande se sera traduite par une destruction de 15% de la richesse produite en un an sur le sol français, un pourcentage supérieur au résultat de son prédécesseur qui avait pourtant dû, en ce qui le concerne, faire face à la grave crise internationale de 2008. Hollande aurait pu bénéficier du fameux « alignement de planètes » marqué par la baisse concomitante des prix de l’énergie, du taux de change de l’euro et des taux d’intérêt. Il n’en tire qu’un avantage minime.

En un mot, la situation de nos finances publiques est de plus en plus désastreuse et l’annonce de la stagnation du PIB au deuxième trimestre 2015 va aggraver les choses. L’agence de notation Moody’s ne s’y est pas trompée. Elle relève un inquiétant repli des recettes fiscales nettes de l’État au premier semestre (- 1% par rapport à la même période en 2014) alors que les dépenses publiques n’ont reculé que de 0,3%. À quand la prochaine dégradation ?

Ajoutons enfin que les chiffres de Maastricht sont trompeurs. Si l’on tient compte des engagements de la France auprès du MESF ou du FMI, qui ne peuvent plus être considérés comme théoriques car ils devront servir par exemple à éponger le désastre financier grec, il faudrait augmenter de plus de 100 milliards d’euros le montant de notre dette publique.

Et tout cela se produit malgré une politique monétaire de la BCE plus qu’accommodante, au prix du viol de ses propres statuts. Plutôt que d’agir directement sur le cours de l’euro, en annonçant par exemple un objectif de taux versus le dollar et le yuan, la BCE opère par le truchement du rachat de dettes publiques sur le marché secondaire et l’augmentation corrélative de la masse monétaire qui n’a qu’un effet limité sur un des problèmes majeurs des pays du Sud : la surévaluation de la devise européenne au regard de leurs capacités économiques. Bref, la BCE continue de manier un bistouri avec des gants de boxe.

Quant à la deuxième partie du problème français : l’hypertrophie d’un secteur public sous productif et la pesanteur de règlementations absurdes, il n’a été abordé que par le biais de mesurettes du type de la loi Macron qui prennent grand soin de ne jamais toucher la clientèle électorale socialiste, précisément celle qui a le plus à perdre, à court terme, aux nécessaires réformes.

Eh bien, ce n’est pas grave, tchin tchin' avant l’éruption du volcan…